Europe : Avec la fonte des glaciers, la frontière suisso-italienne a bougé

GEOGRAPHIE La frontière italo-suisse a été modifiée par la fonte du glacier du Théodule qui, perdant près d’un quart de sa masse entre 1973 et 2010, a laissé place à la roche

20 Minutes avec AFP
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Le refuge Rifugio Guide del Cervino, haut de 3 480 mètres, au sommet Testa Grigia, entre Zermatt, en Suisse, et Breuil-Cervinia, en Italie, en novembre 2020
Le refuge Rifugio Guide del Cervino, haut de 3 480 mètres, au sommet Testa Grigia, entre Zermatt, en Suisse, et Breuil-Cervinia, en Italie, en novembre 2020 — Fabrice COFFRINI / AFP

De quoi perdre ses repères. Sur la montagne était un refuge construit en Italie, mais les aléas du changement climatique ont déplacé la frontière sur le glacier et les deux tiers de la cabane perchée à 3.480 mètres d’altitude se trouvent désormais en Suisse. Le refuge des Guides du Cervin, qui offre le gîte et le couvert dans ce coin des Alpes parmi les plus prisés des adeptes de la glisse, a fait l’objet d’intenses négociations diplomatiques pendant plus de trois ans, jusqu’à un compromis trouvé l’année dernière, dont les détails restent secrets.

La position stratégique de la bâtisse attise les convoitises : elle est située à la jonction de Zermatt-Cervinia, une des plus grandes stations de ski au monde, au cœur d’un projet pharaonique de modernisation. « On a partagé un peu la poire en deux », explique à l’AFP le responsable de la frontière nationale suisse Alain Wicht, qui a pris part aux négociations où chacun a fait des concessions pour trouver « une solution pour que les deux se sentent sinon gagnants, au moins pas perdants. »

La frontière fond

Sur les glaciers alpins, la frontière italo-suisse suit la ligne de séparation des eaux dont l’écoulement vers le nord marque le territoire suisse, et celui vers le sud, l’Italie. Celle-ci a été modifiée par la fonte du glacier du Théodule qui, perdant près d’un quart de sa masse entre 1973 et 2010, a laissé place à la roche, forçant les deux voisins à redessiner quelques dizaines de mètres de leur frontière.

Selon Alain Wicht, si ces ajustements sont fréquents, ils se règlent généralement en comparant les relevés réalisés par les équipes des deux pays, sans intervention politique. « Il faut savoir qu’on se bat avec des terrains de moindre valeur, note-t-il, c’est le seul endroit où on avait tout à coup une bâtisse qui se situait », donnant une « valeur économique » au terrain. Ses collègues italiens déclinent de leur côté toute demande d’interview « à cause de la situation internationale complexe ».

Mystérieux accord

Le mystérieux contenu de l’accord négocié à Florence en novembre 2021 ne sera dévoilé qu’après son approbation par les autorités – côté suisse, le sujet ne pourra être présenté au Conseil Fédéral qu’en 2023, au plus tôt.

Ancien chef de la délégation suisse, Jean-Philippe Amstein est plus loquace, expliquant que ces différends se résolvent par un échange de territoires de surface et de valeur similaires. « La Suisse n’est pas intéressée à obtenir un bout de glacier », éclaire-t-il, et « les Italiens n’arrivent pas à compenser la perte de surface suisse ».