Colombie : 19 soldats inculpés pour les meurtres de plus de 300 civils

JUSTICE Entre 2005 et 2008, l’armée colombienne a abattu des centaines de civils en les présentant comme des guérilleros tués au combat

20 Minutes avec agences
Une personne avec un drapeau de la Colombie, à Bogota le 12 mai 2021 (illustration).
Une personne avec un drapeau de la Colombie, à Bogota le 12 mai 2021 (illustration). — Chepa Beltran / VWPics

En Colombie, 19 soldats ont été inculpés lundi de crime de guerre et crime contre l’humanité pour le meurtre de 303 civils présentés comme des guérilleros tués au combat entre 2005 et 2008. Selon la Juridiction spéciale pour la paix (JEP), né de l’accord de paix de 2016 avec les FARC, cette pratique dite des « faux positifs » étendue à plusieurs unités militaires entre 2002 et 2008 sous le gouvernement de droite d’Alvaro Uribe, a fait 6.402 victimes.

Ces exécutions sommaires, le plus grand scandale de l’histoire récente de l’armée colombienne, étaient destinées à gonfler les résultats de l’armée dans la lutte contre les guérillas, notamment celle des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxiste) la principale impliquée dans le conflit armé colombien long de six décennies. En échange, les soldats bénéficiaient de diverses gratifications.

Ils encourent vingt ans d’emprisonnement

Les magistrats de la JEP ont estimé que les 19 soldats membres de la 16e Brigade faisaient partie d'« une organisation criminelle » mise en place dans le département de Casanare (centre) pour assassiner et présenter « faussement » des civils comme des guérilleros ou des criminels « tués au combat ». La majorité des 303 victimes étaient des hommes âgés de 18 à 25 ans, mais « neuf femmes, des personnes âgées, des personnes souffrant de déficiences cognitives » ont été recensées.

Le haut commandement militaire a toujours démenti une action systématique, parlant de « cas isolés ». Les 19 membres de l’armée, un agent de renseignement et deux civils inculpés lundi, pourront reconnaître ou rejeter leur mise en accusation. S’ils reconnaissent leur responsabilité et offrent réparation aux victimes, ils peuvent bénéficier de peines alternatives à la prison, sinon ils encourent jusqu’à 20 ans d’emprisonnement. Les magistrats de la JEP ont également inculpé plusieurs ex-commandants des FARC pour quelque 21.000 enlèvements. En juin, les dirigeants de la guérilla dissoute ont reconnu leur responsabilité et demandé pardon aux victimes pour tenter d’échapper à la prison.