Canada : Le pape demande « pardon pour le mal » fait aux peuples autochtones

HISTOIRE Le souverain pontife s'est excusé pour les actions de l'Eglise dans les pensionnats

20 Minutes avec AFP
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Le pape François s'est rendu au cimetière de Maskwacis et a présenté des excuses aux peuples amérindiens canadiens pour le «mal» fait par l'Eglise catholique dans les pensionnats pour autochtones.
Le pape François s'est rendu au cimetière de Maskwacis et a présenté des excuses aux peuples amérindiens canadiens pour le «mal» fait par l'Eglise catholique dans les pensionnats pour autochtones. — AFP

« Une erreur dévastatrice » : le pape François a présenté lundi des excuses historiques aux peuples amérindiens canadiens, demandant « pardon pour le mal » fait pendant des décennies dans les pensionnats pour autochtones. « Je suis affligé. Je demande pardon », a déclaré le pape à Maskwacis (Alberta), dans l’ouest du Canada. Evoquant les « blessures encore ouvertes », il a reconnu la responsabilité de certains membres de l’Eglise dans ce système où « les enfants ont subi des abus physiques et verbaux, psychologiques et spirituels ».

Les paroles du souverain pontife étaient attendues depuis des années par ces peuples – Premières nations, Métis et Inuits – qui représentent aujourd’hui 5 % de la population canadienne. Elles ont été accueillies par des applaudissements nourris.

« Honte »

Après avoir prié au cimetière de Maskwacis, le pape François a demandé « pardon » à trois reprises, « avec honte et clarté », lors de ce premier discours sur le site de l’ancien pensionnat d’Ermineskin, en présence de nombreux survivants et membres des communautés autochtones, très émus. « Les politiques d’assimilation ont fini par marginaliser systématiquement les peuples autochtones », a-t-il insisté, déplorant que « de nombreux chrétiens (aient) soutenu la mentalité colonisatrice des puissances » qui les ont « opprimés ».

Le douloureux chapitre des « écoles résidentielles » pour enfants autochtones a fait au moins 6.000 morts entre la fin du XIXe siècle et les années 1990 et créé un traumatisme sur plusieurs générations. Le gouvernement canadien, qui a versé des milliards de dollars en réparation à d’anciens élèves, s’est officiellement excusé il y a 14 ans d’avoir créé ces écoles mises sur pied pour « tuer l’indien dans le coeur de l’enfant ». L’Eglise anglicane avait ensuite fait de même. Mais l’Eglise catholique, en charge de plus de 60 % de ces pensionnats, a longtemps refusé de le faire.

« Journée historique »

Sous une pluie fine et dans une ambiance de recueillement, environ 2.000 personnes étaient rassemblées près de l’ancien pensionnat d’Ermineskin, l’un des plus grands du Canada, ouvert de 1895 à 1975. Beaucoup portaient des habits avec le nom ou le logo de leur communauté. D’autres, le tee-shirt orange symbole des autochtones. « C’était une journée exceptionnelle, une journée historique », a réagi lors d’une conférence de presse Vernon Saddleback, chef de la Samson Cree Nation, qui s’est dit « reconnaissant ».

Ces excuses sont « une première étape » mais « il reste beaucoup de travail à faire », a pour sa part réagi George Arcand Jr., grand chef de la Confédération des Premières Nations du Traité n. 6.

« C’est une grande peine que nous avons subie. C’est un temps pour pardonner et travailler ensemble avec l’Eglise catholique pour le futur de la communauté », a confié à l’AFP André Carrier, de la Fédération Métis du Manitoba, chapeau sur la tête et médaillon autour du cou.

« Réconciliation »

Dans l’après-midi, le pape s’est ensuite rendu en « ami » dans l’église restaurée du Sacré-Coeur des Premiers Peuples d’Edmonton, évoquant la « réconciliation ». « Personne ne peut effacer la dignité violée, le mal subi, la confiance trahie. Et même notre honte à nous, croyants, ne doit jamais s’effacer », a-t-il affirmé.

En fin de journée, le Premier ministre canadien Justin Trudeau, présent à Maskwacis lundi, a lui aussi insisté sur la réconciliation qui est « l’affaire de tous les Canadiens ». « Personne ne doit oublier ce qui s’est passé dans les pensionnats, et nous devons tous veiller à ce que cela ne se reproduise jamais », a-t-il ajouté invitant tous les citoyens à faire « preuve d’ouverture, d’écoute et de partage ».

En avril, le pape avait pour la première fois présenté ses excuses au Vatican pour le rôle joué par l’Eglise dans les 130 pensionnats, où quelque 150.000 enfants autochtones ont été enrôlés de force, coupés de leur famille, de leur langue et de leur culture, et souvent victimes de violences physiques, psychologiques et sexuelles.

Petit à petit, le Canada ouvre les yeux sur ce passé qualifié aujourd’hui de « génocide culturel » : la découverte de plus de 1.300 sépultures anonymes en 2021 près de ces pensionnats a créé une onde de choc.