Crise alimentaire : Bruxelles donne son feu vert pour prolonger en 2023 les dérogations sur les jachères

AGRICULTURE Ces dérogations aux règles de la Politique agricole commune (PAC), réclamées avec insistance par les Etats membres en réponse à la guerre en Ukraine, pourraient permettre « de remettre en cultures 1,5 million d’hectares par rapport à aujourd’hui »

20 Minutes avec AFP
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Ce vendredi, la Commission européenne a accordé son feu vert pour prolonger en 2023 des dérogations sur les règles environnementales pour les jachères et la rotation des cultures.
Ce vendredi, la Commission européenne a accordé son feu vert pour prolonger en 2023 des dérogations sur les règles environnementales pour les jachères et la rotation des cultures. — DENIS CHARLET / AFP

Objectif : maximiser la capacité de production de l’UE pour les céréales sur fond de guerre en Ukraine… Ce vendredi, la Commission européenne a accordé son feu vert pour prolonger en 2023 des dérogations sur les règles environnementales pour les jachères et la rotation des cultures.

Ces dérogations aux règles de la Politique agricole commune (PAC), réclamées avec insistance par les Etats membres, pourrait permettre « de remettre en cultures 1,5 million d’hectares par rapport à aujourd’hui », a souligné la Commission.

Déjà une dérogation temporaire pour l’année 2022

Pour compenser le manque de céréales russes et ukrainiennes, la Commission avait déjà validé en marsune dérogation « temporaire » pour l'année 2022 à ses règles sur les jachères avec l’autorisation de « toute culture destinée à l’alimentation » sur ces terres non cultivées.

La mesure a permis, selon de premières estimations de Bruxelles, une augmentation des superficies de protéagineux de 6 % (2,2 millions d’hectares supplémentaires), mais aussi celles de tournesols (+7,8 %). L’UE avait également suspendu ses exigences sur la rotation des cultures.

Dans la PAC actuelle, les exploitations dépassant 15 hectares doivent compter au moins 5 % de « surfaces d’intérêt écologique » (prairies, haies, jachères) pour bénéficier des fonds européens. Dans la nouvelle PAC démarrant en janvier 2023, l’exigence devait être d’au moins 4 % de jachères (terres non cultivées). Ces règles sont destinées à préserver la qualité et l’enrichissement des sols.

Un conflit en Ukraine qui fait peser le risque de pénurie mondiale

La guerre entre l’Ukraine et la Russie, deux gros producteurs de céréales, a exacerbé les menaces de pénuries et de famines à l'échelle mondiale, et les tensions devraient rester vives en dépit de l’accord conclu vendredi pour permettre l’exportation des grains stockés dans les ports de la mer Noire. « Chaque tonne de céréales produite dans l’UE contribuera à accroître la sécurité alimentaire mondiale », a rappelé la Commission.

La prolongation proposée par Bruxelles devra être approuvée formellement par les Etats membres. Les ministres de l’Agriculture des Vingt-Sept réclamaient cette décision depuis plusieurs mois, avec une impatience croissante, et les agriculteurs préparent déjà leurs plans d’assolements pour l’an prochain.

Une dérogation pas sans impact environnemental

Mi-juillet, le commissaire à l’Agriculture Janusz Wojciechowski avait fait état de divergences persistantes au sein de l’exécutif européen, notamment en raison de l’impact environnemental.

Alors que les ONG écologistes dénoncent vigoureusement ces dérogations, la Commission européenne a rappelé vendredi son attachement aux « objectifs de préservation du potentiel des sols et d’amélioration de la biodiversité ».

« La dérogation est temporaire et limitée à ce qui est strictement nécessaire pour répondre aux préoccupations de sécurité alimentaire (…) Elle exclut la plantation de cultures généralement utilisées pour l’alimentation des animaux (maïs et soja) », assure Bruxelles, vantant « un équilibre minutieux ».

Grâce aux dérogations sur les jachères et à une amélioration des rendements, les exportations européennes de protéagineux devraient augmenter de 19 % cette année, avait estimé la Commission début juillet.