Crise politique en Italie : Avec l’extrême droite au pouvoir, il peut y avoir un « risque de contagion » dans l’UE

DECRYPTAGE Après la Suède, l’extrême droite fait une nouvelle percée en Europe avec la victoire de Giorgia Meloni aux législatives de dimanche en Italie

Cécile De Sèze
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Le parti postfasciste présidé par Giorgia Meloni, est donné en tête dans les intentions de vote.
Le parti postfasciste présidé par Giorgia Meloni, est donné en tête dans les intentions de vote. — Piero Tenagli / IPA/SIPA
  • L’Italie est tombée en crise politique avec la démission de son Premier ministre le 21 juillet puis la dissolution de l’Assemblée avec, à la clef, des élections anticipées ce dimanche.
  • Les partis les plus à droite de l’échiquier politique l’ont emporté.
  • Avec cette coalition au pouvoir, les répercussions pourraient se propager au-delà des frontières italiennes et avoir des conséquences pour l’Union européenne et la France.

EDIT du lundi 26 septembre 2022 : Cet article a été mis à jour après la victoire de Giorgia Meloni aux législatives de dimanche en Italie, où pour la première fois depuis 1945 un parti post-fasciste est aux portes du pouvoir.

Le moment n’aurait pas pu être plus mal choisi pour qu’éclate une crise politique en Italie. Alors que l’Union européenne s’est montrée unie dans son soutien à l’Ukraine face à son agression par la Russie le 24 février dernier, le dirigeant italien Mario Draghi a été contraint de démissionner jeudi 21 juillet après avoir été désavoué par trois partis de sa coalition au Sénat la veille. Le président, Sergio Mattarella, a dans la foulée décidé de dissoudre l’Assemblée déclenchant des élections anticipées.

L’Italie voit désormais les droites les plus à droite prendre le pouvoir. Et c’est finalement la coalition dite « de centre-droit » que Giorgia Meloni forme avec l’autre parti eurosceptique d’extrême droite, la Ligue du tribun populiste antimigrants Matteo Salvini, et Forza Italia, le parti conservateur de Silvio Berlusconi, qui est arrivée en tête des suffrages.

Quelles conséquences pour l’Italie, l’Union européenne et la France pourrait avoir cette accession au pouvoir de l’extrême droite ? 20 Minutes a posé la question à Dominique Moïsi, conseiller spécial de l’Institut Montaigne, selon qui « le risque, c’est de créer une contagion à d’autres pays européens », dont la France.

Quel avenir politique se dessine en Italie ?

Les sondages avaient vu juste en plaçant les partis les plus à droite comme favoris de la course, avec, en avant, Frères d’Italie, mené par Giorgia Meloni. Ce dernier était donné en tête avec près de 24 % des intentions de vote, devant le Parti démocrate (22 %) et la Ligue de Matteo Salvini (14 %), selon un sondage de l’institut SWG réalisé le 18 juillet. Le parti de l’ancien Premier ministre sulfureux Silvio Berlusconi, Forza Italia, recueillait 7,4 % des voix et le Mouvement 5 étoiles (M5S) de Giuseppe Conte 11,2 %.

Selon Dominique Moïsi, « on a quand même des visions de ce qu’il va se passer » et « Giorgia Meloni est citée pour succéder à Mario Draghi », prédisait-il. « Cette vision d’une alliance des partis les plus à droite qui prendraient le pouvoir est inquiétante ».

Quelles conséquences pour l’Italie ?

Cette ascension des partis extrêmes peut être néfaste pour l’image de l’Italie. Le pays « qui était redevenu sûr de lui, légitime et dirigé d’une main rationnelle et compétente grâce à Mario Draghi va prendre une dimension populiste, avec, pour la première fois, le risque d’une démocratie illibérale parmi les pays fondateurs de l’Union européenne », prédit le conseiller spécial de l’Institut Montaigne.

Pour les Italiens, cela rime aussi avec un changement de politique, notamment sur la question de l’immigration. L’Italie est l’un des pays en première ligne face aux flux de réfugiés qui souhaitent fuir la misère, la guerre ou la répression dans leur pays d’origine. Si Frères d’Italie arrivent en tête avec à leurs côtés Forza Italia et La Ligue, le comportement vis-à-vis des migrants risque d’être différent, « moins humaniste ». « S’il y a déjà eu des populistes au pouvoir en Italie, ils étaient contenus jusqu’ici, là ce sera tout à fait différent », alerte Dominique Moïsi.

Quels changements au niveau économique ?

Par ailleurs, alors que jusqu’ici Mario Draghi était parvenu à imposer un programme de réformes économiques importantes, faisant de l’Italie de nouveau un bon élève de l’Union européenne, cela pourrait rapidement changer. « Cette coalition accède ne va-t-elle pas s’engager dans une politique économique populiste ? », s’interroge Dominique Moïsi. Et de développer : « Elle risque d’ouvrir les coffres afin de privilégier le pouvoir d’achat avant toute autre considération, ce qui comporte un risque dans l’équilibre de l’Union européenne, sachant que le pays est la troisième économie de l’UE. »

Et si sur le court terme, cette vision économique peut profiter aux Italiens, sur le long terme en revanche, cela peut être très mauvais, avec une « dette qui va galoper et mettre des doutes sur la stabilité de l’Italie », abonde le spécialiste.

Quelles répercussions à prévoir pour l’Union européenne ?

Si Dominique Moïsi ne croit pas à la possibilité d’un Brexit à l’italienne, « le risque, c’est une contagion. Si les Italiens ont réussi à faire élire l’extrême droite, pourquoi pas la France demain, et d’autres pays après-demain ? C’est le précédent qui est dangereux ».

D’autant qu’il existe aussi le risque d’une alliance des pays membres aux gouvernements d’extrême droite, à l’instar de la Hongrie de Viktor Orban, avec une politique de nationalisme et de populisme. Cela posera alors la question de l’unité de l’UE, notamment dans le dossier brûlant de la guerre en Ukraine. « Giorgia Meloni a suivi les positions de Mario Draghi sur la Russie, mais ce n’est pas le cas de Matteo Salvini ou Sivio Berlusconi, réputés pour leur proximité avec Vladimir Poutine », rappelle Dominique Moïsi.

La France peut-elle également subir ce changement de pouvoir ?

Cette tendance « n’est pas une bonne nouvelle pour Emmanuel Macron ». Le président français et l’ancien Premier ministre italien entretenaient une relation privilégiée, ce sont « deux hommes qui se comprennent, qui s’apprécient », souligne le spécialiste. D’autant que le locataire de l’Elysée et Matteo Salvini partagent déjà des anciennes querelles au sujet de la frontière franco-italienne, que certains réfugiés tentent de traverser.

« Il y a donc un risque pour Emmanuel Macron et la relation franco-italienne, et au-delà, pour la cohésion européenne, dans son image et ses choix en matière de politique étrangère », analyse Dominique Moïsi.