Assaut du Capitole : Le comité détaille le « manquement au devoir » de Donald Trump pendant 187 minutes

COMPTE RENDU A l'aide de documents et témoignages inédits, le comité parlementaire a dépeint un président aux abonnés absents pendant les violences, et promis de nouvelles auditions en septembre avant son rapport final

Philippe Berry
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La 8e audition publique du comité parlementaire qui enquête sur l'assaut du Capitole et le rôle de Donald Trump a eu lieu le 21 juillet 2022.
La 8e audition publique du comité parlementaire qui enquête sur l'assaut du Capitole et le rôle de Donald Trump a eu lieu le 21 juillet 2022. — Pool/Sipa USA/SIPA

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Pendant plus de trois heures, il n’y avait pas de pilote dans l’avion. Au total, 187 minutes ont séparé la fin du discours de Donald Trump, lorsqu’il a encouragé des dizaines de milliers de ses supporteurs à « marcher » vers le Capitole, et la vidéo dans laquelle il leur a demandé de quitter les lieux. Jeudi soir, lors de la huitième audition publique, la commission d’enquête parlementaire a détaillé ce que l’ex-président américain a fait pendant ce temps. Et surtout ce qu’il n’a pas fait.

Il a refusé de rappeler ses troupes, n’a jamais téléphoné à Mike Pence ou aux responsables militaires. Et il a beaucoup regardé Fox News, pendant que la démocratie américaine vacillait.


Dénonçant un « manquement absolu au devoir » présidentiel, le comité composé de sept démocrates et deux républicains a annoncé de nouvelles audiences – non prévues – pour septembre. Avant son rapport final, qui pourrait recommander des charges pénales contre Donald Trump. Mais c’est l’attorney general (ministre de la Justice) Merrick Garland qui devra décider s’il y a matière à inculper un ex-président. Voici les quatre principaux enseignements de la soirée.

Donald Trump avait bien l’intention de se rendre au Capitole

Il y a trois semaines, Cassidy Hutchinson, une ex-collaboratrice du chef de cabinet du président américain, avait livré trois allégations explosives : Donald Trump avait l’intention de se rendre au Capitole, il a eu une altercation avec le Secret service dans la voiture présidentielle, et il savait, via son service de sécurité, que certains de ses supporteurs étaient armés. Jeudi soir, les deux premiers points ont été corroborés par deux témoins.

Un ancien responsable de la sécurité témoignant sous couvert d’anonymat, la voix modifiée, a confirmé que Donald Trump devait se rendre au Capitole : « On était dans un état de choc. Ce n’était plus un meeting politique. Le président voulait mener des dizaines de milliers de personnes vers le Capitole. Je ne sais pas s’il faut utiliser les mots ''coup d’Etat'' ou ''insurrection'', mais nous étions alarmés. »


Le sergent Mark Robinson, de la police de Washington, qui participait à la sécurité du cortège présidentielle, a, lui, rapporté le témoignage d’un agent situé devant le SUV présidentiel, faisant état « d’une discussion très animée » entre Donald Trump et l’agent chargé de sa protection : « Le président insistait pour aller au Capitole et était en colère. »

Son entourage l’a supplié de rappeler ses supporteurs

Donald Trump a terminé son discours à 13h10. Onze minutes plus tard, il était de retour à la Maison Blanche. Et il a aussitôt été mis au courant que la situation était en train de dégénérer. A 13h24, il a fait son entrée dans la salle à manger de la Maison Blanche qui jouxte le bureau ovale. C’est là qu’il a passé l’essentiel des trois heures suivantes, regardant Fox News. Il a demandé à son ancienne porte-parole, Kayleigh McEnany, une liste d’une dizaine d’élus républicains qu’il souhaitait appeler pour retarder ou entraver le processus de certification. Le comité ne sait pas s’il les a appelés, car les archives des appels de la Maison Blanche sont vides. Donald Trump a également congédié sa photographe officielle.


Ce que l’on sait, c’est que sa fille Ivanka et son fils Don Jr l’ont supplié – directement et via son chef de cabinet Mark Meadows – d’appeler ses supporteurs à rentrer chez eux. Il a refusé, et d’abord « jeté de l’huile sur le feu », selon le comité, en tweetant que Mike Pence avait « manqué de courage ». Sur une vidéo, on voit les agents protégeant le vice-président se demander si la voie est libre pour une extraction, avec des émeutiers et de la fumée à quelques mètres. Certains agents appellent leurs proches pour leur dire adieu. Selon le comité, Donald Trump n’a jamais téléphoné à Mike Pence ni au Pentagone, ni à ses généraux. C’est le vice-président qui a appelé le chef d’Etat-major Mark Milley pour réclamer l’envoi de la garde nationale.

Dans sa vidéo pour appeler au calme, Donald Trump a improvisé


Ses conseillers lui avaient préparé un script simple : condamner les violences d’une minorité et appeler les émeutiers à rentrer chez eux. Mais au final, Donald Trump a improvisé, parlant « d’élection volée », assurant à ses supporteurs qu’il « comprenait leur douleur » et leur lançant : « We love you, you’re very special ».

« Je ne veux pas dire que l’élection est terminée », lance-t-il le lendemain


Sous la menace d’un nouvel impeachment et d’une fronde de Mike Pence et de son cabinet via le 25e amendement pour le faire déclarer incompétent, Donald Trump tente d’arrondir les angles le lendemain. Il enregistre une nouvelle vidéo, promettant une passation du pouvoir en bon ordre. Il s’y reprend à de multiples reprises. « L’élection est terminée et le Congrès a certifié les résultats », commence-t-il, avant de s’arrêter, expliquant à sa fille Ivanka : « Je ne veux pas dire que l’élection est terminée. » Dix-huit mois plus tard, il ne l’a toujours pas dit clairement.