Guerre en Ukraine : Deux hauts placés limogés par le parlement à la demande de Volodymyr Zelensky

ELAGAGE Plus de 650 enquêtes pour « haute trahison » et « collaboration » avec Moscou visent des collaborateurs du parquet et des forces de l’ordre ukrainiennes

20 Minutes avec AFP
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Le président de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky, lors d'une allocution télévisée.
Le président de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky, lors d'une allocution télévisée. — SOPA Images/SIPA

C’est un premier remaniement majeur depuis le début de l’invasion russe en Ukraine. Volodymyr Zelensky a annoncé dimanche soir renvoyer son chef des services de sécurité et la procureure générale sous forme de décrets présidentiels. Le premier, Ivan Bakanov, ami d’enfance du chef de l’Etat, et Iryna Venediktova, ont été suspendus. Dans son adresse vidéo quotidienne, le chef d’Etat ukrainien leur a alors reproché des efforts insuffisants en matière de la lutte contre les espions et collaborateurs de Moscou.

Plus de 650 enquêtes pour « haute trahison » et « collaboration » avec Moscou visent des collaborateurs du parquet et des forces de l’ordre ukrainiennes, ce qui soulève « des questions très sérieuses » au sujet des deux dirigeants, a souligné le président. Sur sa demande, le Parlement a voté mardi le limogeage des deux intéressés. « Tout le monde attendait » d’eux des « résultats plus tangibles » dans le « nettoyage des collaborateurs et traîtres » infiltrés, a détaillé lundi un chef adjoint de l’administration présidentielle, Andriï Smyrnov.

« Le président et son cabinet n’étaient pas contents du travail de Bakanov et de Venediktova » depuis longtemps et l’invasion russe a encore exacerbé la tension, a de son côté estimé le politologue ukrainien Volodymyr Fessenko.

Haute trahison

Par ailleurs, au moins trois hauts responsables du SBU ont été accusés de haute trahison au profit de Moscou ces derniers mois. L’un d’eux, Oleg Koulinitch, limogé en mars et arrêté dimanche, avait été basé à Kherson.

Située aux portes de la péninsule ukrainienne de Crimée annexée par Moscou en 2014, cette région stratégique a été très rapidement occupée par les troupes russes après le début de l’invasion, ce qui a valu au gouvernement d’être accusé d’avoir mal préparé sa défense. « Censé aider Bakanov, cet homme a collaboré avec les services spéciaux russes. C’était un échec gravissime, à mon avis c’est la goutte qui a fait déborder le vase pour Zelensky », analyse Volodymyr Fessenko.

Résultats insatisfaisants

Zelensky avait également limogé fin mars le chef du SBU dans cette région, Serguiï Kryvoroutchko. Un autre responsable régional du SBU est soupçonné d’avoir livré aux Russes des cartes secrètes de champs de mines censées empêcher leur progression, selon le chef du conseil régional.

Le président ukrainien a annoncé lundi soir une « révision des cadres » au sein du SBU, précisant que 28 de ses agents devraient être licenciés prochainement pour « résultats insatisfaisants » et limogeant dans la foulée un des adjoints de Bakanov.

Remplaçants dociles

Pour beaucoup en Ukraine, ce remaniement ressemble pourtant à une manœuvre visant à renforcer le contrôle du chef de l’Etat sur les forces de l’ordre, les successeurs d’Ivan Bakanov et Iryna Venediktova étant considérés comme plus dociles. Volodymyr Zelensky a remplacé les responsables limogés par leurs adjoints respectifs – Vassyl Maliouk et Oleksiï Symonenko – en les nommant par intérim.

« Il est clair » que ces hommes « vont exécuter tous les ordres politiques » de la présidence, estime Tetiana Chevtchouk, une experte de l’ONG ukrainienne Centre d’action contre la corruption, citée par le site Forbes Ukraine.

Alors que l’Ukraine, sous la pression de l’Occident, est sur le point de se doter d’un procureur anticorruption indépendant, le nouveau procureur général aura les moyens de « bloquer ou annuler » les décisions de ce dernier selon les souhaits de la présidence, prévient de son côté le directeur de cette ONG, Vitaly Chabounine.