Procès Stern: «Une histoire d'amour avant tout»

JUSTICE Cécile Brossard, la maîtresse du banquier livre un témoigne confus sur sa liaison tumultueuse...

MD (Avec agence)

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Photo non datée d'Edouard Stern, banquier français retrouvé mort à Genève en 2005 dans une combinaison de latex.
Photo non datée d'Edouard Stern, banquier français retrouvé mort à Genève en 2005 dans une combinaison de latex. — BOISSAY/NECO/SIPA

D'outre-tombe, la voix résonne dans la salle d'audience où pleure silencieusement Cécile Brossard sur le banc des accusés, en veste de toile écrue, sa chevelure blonde rassemblée en une sage queue-de-cheval. La maîtresse du banquier français Edouard Stern, qu'elle a avoué avoir tué de quatre balles en 2005 lors d'ébats sado-masochistes, a défendu, ce lundi devant la Cour d'assises de Genève «une histoire d'amour avant tout».

Cécile Brossard a livré un témoigne confus sur sa liaison tumultueuse de quatre ans avec le banquier quinquagénaire avec lequel elle avait «échangé des serments d'amour éternel». Interrogée par la présidente de la cour puis le procureur général, la jeune femme blonde aujourd'hui âgée de 40 ans a évoqué, la voix étranglée, le soir du 28 février 2005 où elle a tué son amant. «J'étais comme un automate», a-t-elle dit en évoquant «trois secondes de (sa) vie qui ne (lui) appartiennent pas», lorsqu'elle est allée chercher le revolver, l'a armé et a tiré.

Garder Edouard Stern pour elle seule

Le matin, la Cour d'assises a entendu l'un des derniers messages du banquier à sa maîtresse, enregistré sur son répondeur: «je serai toujours là pour toi, et je te demande d'être toujours là pour moi». Manifestement dévoré par une passion possessive, Edouard Stern appelait compulsivement sa maîtresse, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, tour à tour transi, prévenant, insultant ou insistant. A la soeur d'Edouard Stern, Cécile Brossard explique qu'elle a conservé les messages de son amant sur son répondeur: «j'en ai enregistré près de 800. Tous les messages qu'il me laissait».

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Selon l'expertise psychiatrique, en le tuant, Cécile Brossard a voulu garder pour elle seule Edouard Stern, pour l'éternité. Elle assure même recevoir dans sa cellule «des "coucous" d'Edouard», selon l'expert qui a estimé que ce meurtre a toutes les caractéristiques du «crime d'amour», au sens psychiatrique. Les avocats de Cécile Brossard entendent faire bénéficier leur cliente de la disposition du Code pénal de Genève qui prévoit une peine maximale de dix ans de prison pour un crime passionnel, soit la moitié de la peine encourue pour meurtre.

Passion ou manipulation?

L'accusation plaide au contraire pour un crime motivé par l'argent, Edouard Stern ayant versé un million de dollars à sa maîtresse avant de se raviser et de bloquer le virement. Les conversations enregistrées par la police qui l'avait placée sur écoute après le meurtre ont ainsi montré l'accusée comme une femme froide et manipulatrice. Elle s'indigne d'être soupçonnée par la police, se lamente sur le sort de son amant.

Auprès de la soeur d'Edouard Stern, Cécile Brossard se plaint du procès «abominable» que le banquier avait décidé de lui intenter pour récupérer le million de dollars qu'il lui avait versé sur un compte bloqué, et dont elle devait percevoir les intérêts. «Encore un choc!», s'écrie-t-elle. «J'ai souffert pour lui pendant quatre ans», se plaint-elle. «Edouard, il t'a bien pourri la vie», lui rétorque un ami et parent par alliance du banquier, qui l'encourage à ne pas céder et à réclamer la somme.