«Netanyahu a gagné du temps»

DECRYPTAGE Frédéric Encel, politologue et auteur de «Horizons géopolitiques» (Seuil), revient sur la portée du discours prononcé dimanche par le Premier ministre Israélien...

Propos recueillis par Maud Descamps

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de son discours de politique étrangère à l'université Bar Ilan, près de Tel-Aviv le 14 juin 2009. 
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de son discours de politique étrangère à l'université Bar Ilan, près de Tel-Aviv le 14 juin 2009.  — REUTERS/Baz Ratner

Benjamin Netanyahu a appelé dimanche soir les Palestiniens à une reprise des pourparlers, dans un discours de politique étrangère, près de Tel-Aviv. Il a posé comme condition à un futur Etat palestinien sa démilitarisation ainsi que la reconnaissance par la direction palestinienne d'Israël comme Etat du peuple juif.

Benjamin Netanyahu a prononcé le terme d'«Etat» palestinien lors de son discours. Que cela va-t-il changer concrètement?
A court terme, ce discours a permis à Netanyahu de gagner du temps face aux attentes de l'administration Obama. Il a employé le terme que voulait entendre le président américain. En prononçant ce discours, le Premier ministre israélien a évité deux écueils. Le premier est la montée en pression des Etats-Unis, après le discours, le 4 juin dernier, de Barack Obama à l'université de Caire. Deuxièmement, cela lui a permis d'éviter une chute au sein de sa coalition. Benjamin Netanyahu a dû négocier dur, notamment avec le Likoud (droite conservatrice israélienne, ndlr). Il s'est donc assuré un sursis sur le plan intérieur.

Est-ce qu'on peut parler d'une véritable avancée dans le processus de paix?
C'est une avancée relative dans le processus de négociations. Benjamin Netanyahu a surtout bien négocié sa position. Maintenant qu'il a fait un pas en avant, la balle est dans le camp palestinien. Israël ne bougera plus. Netanyahu s'est assuré une marge de manœuvre. Il attend maintenant que le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, se prononce. Mais Netanyahu a exclu un gel de la colonisation israélienne et un retour des réfugiés palestiniens poussés à l'exode lors de la création d'Israël en 1948. Des conditions inacceptables pour les Palestiniens.

En prenant une telle position, Benjamin Netanyahu ne s'est-il pas mis en danger vis-à-vis de sa propre coalition?
S'il peut y avoir des scissions avec la droite au sein de sa coalition, Netanyahu peut compter sur les modérés, sur Kadima, pour rééquilibrer le débat. Mais dans son discours, Netanyahu a parlé d'un Etat démilitarisé. Et ce n'est pas cela qui pose problème au sein de sa coalition. Le problème sera celui des implantations de colonies en Cisjordanie. Mais sur ce sujet, Netanyahu n'a pas dit un mot. Ce qui explique les réactions mitigées du côté des Européens qui ont jugé «importante l'avancée» mais encore «insuffisante».