«Les boîtes noires ne résolvent pas l'énigme du crash à elles seules»

Charlotte Boitiaux (avec agence)

— 

Dans une décision inédite, la cour d'appel de Paris a donné raison jeudi aux familles des victimes du crash aérien de 2004 à Charm el-Cheikh, qui souhaitent voir dépayser le procès civil aux Etats-Unis où, selon elles, la responsabilité de Boeing pourrait être mise en cause.
Dans une décision inédite, la cour d'appel de Paris a donné raison jeudi aux familles des victimes du crash aérien de 2004 à Charm el-Cheikh, qui souhaitent voir dépayser le procès civil aux Etats-Unis où, selon elles, la responsabilité de Boeing pourrait être mise en cause. — Eric Feferberg AFP
Les enregistreurs de vol sont indispensables pour comprendre les circonstances du drame du crash de l’AF447 mais les chances de les retrouver s’amenuisent. Le signal qu'ils émettent est de plus en plus faible et ne pourra plus être perçue d’ici deux semaines. Sans compter que jamais aucune boîte noire n’a être récupérée à une profondeur de 5.000 ou 6.000 mètres. Pourtant, si elles sont cruciales pour comprendre la cause du crash, tous les espoirs ne peuvent reposer sur cette seule piste.

«une source essentielle, pas fondamentale»

«Je n’ai pas de souvenir, en sept ans, d’un accident de vol en pleine mer où les boîtes noires n’ont pas été retrouvées», confesse Martine del Bono, porte parole du BEA, à 20minutes.fr. A Charm-el-Cheik, elles ont été récupérées à 1.100 mètres de profondeur, à Mooréa, à 700 mètres. Pourtant, selon elle, le Bureau d’enquête et d’analyse ne préfère pas, pour le moment, se projeter dans le cas de figure où les enregistreurs ne seraient pas retrouvés. «Il est encore beaucoup trop tôt pour anticiper cette probabilité», affirme-t-elle, tout en concédant que, sans la zone d’impact précise de l’avion et avec un fonds marin d’une telle profondeur, les recherches se compliquent considérablement.

«Il faut bien comprendre que pour résoudre une enquête, il faut recouper tous les éléments que l’on a rassemblés. L’analyse des débris, des corps, peuvent nous renseigner, nous parler. C’est un faisceau d’éléments qui apportent une réponse, pas un seul isolé», renchérit Martine del Bono.
Les enregistreurs de vol permettraient donc d’accélérer l’enquête, «pas de résoudre l’énigme du crash à lui seul». Ils sont une source «extrêmement importante pour l’enquête» mais ils ne constituent pas la réponse à tout. Encore faut-il les exploiter et les comprendre.
L’exemple le plus probant reste le cas de l’accident de Moorea. L'enregistrement de conversation de l'avion d'Air Moorea, qui s'était abîmé dans le lagon de Moorea en Polynésie française le 9 août, avait été retrouvé. Il était même de «bonne qualité» mais ne permettait pas «d'expliquer l'accident», avait indiqué lundi le Bureau d'Enquêtes et d'Analyses (BEA), un mois après la découverte de l'enregistrement. Il avait permis d'écouter les derniers mots du pilote et les bruits de moteur avant le crash.
 
Les opérations de recherche des enregistreurs de vol de l’AF447 se concentrent aujourd’hui dans un rayon de 70km, à 1.350km au large des côtes de Recife (nord-est du Brésil), a annoncé vendredi un porte-parole militaire.

Changer les boîtes noires: une priorité

«Que l'on retrouve ou pas les "boîtes noires", la tragédie du vol AF447 doit démontrer que cette technologie est dépassée et peut être remplacée par la transmission des données par satellite en temps réel», assure le Canadien Pierre Jeanniot, l’un des concepteurs des enregistreurs de vol, et ancien directeur d'Air Canada puis de l'Association internationale du transport aérien.

«Aujourd'hui, je suis donc bien placé pour dire qu'elles sont obsolètes, parce que la technologie a évolué», a-t-il confié à l'AFP. «La transmission directe, depuis les avions, par satellite est beaucoup plus économique qu'elle ne l'était il y a dix ans. Il est maintenant possible de tout transmettre directement, pendant le vol, en cas de problème».

Un système d'envoi automatique, par liaison satellite, des enregistrements de données des vols existe déjà, souligne-t-il, et devrait être généralisé. Cela permettrait, en cas d'accident, de tout récupérer en quelques clics de souris au lieu de partir à la recherche de boîtes noires endommagées dans les jungles ou au fond des mers. Interrogé par l'AFP, Gérard Arnoux, président du SPAF, un syndicat de pilotes d'Air France, estime que «cela [lui] paraît tout à fait intelligent».

La recherche des corps : une question de temps

Les recherches des corps des 228 victimes entrent ce lundi dans leur troisième - et peut-être dernière - semaine, la priorité étant donnée à l'enquête et à la recherche des enregistreurs de vol. Il faut désormais faire vite, la dégradation des corps et les courants marins accentuent chaque jour la difficulté des recherches. Le général Cardoso avait précédemment annoncé que les investigations pour retrouver les corps des victimes continueraient «au moins jusqu’au 19 juin».