Génocide au Rwanda : Un ex-préfet rwandais condamné en France à 20 ans de réclusion pour complicité

JUSTICE Vingt-huit ans après l’extermination des Tutsis au Rwanda, des condamnations se poursuivent dans le monde

20 Minutes avec AFP
Illustration de la cour d'assises de Paris
Illustration de la cour d'assises de Paris — ALLILI MOURAD/SIPA

Un ancien préfet rwandais, Laurent Bucyibaruta, a été condamné ce mardi soir par la cour d'assises de Paris à 20 ans de réclusion criminelle pour complicité de génocide, plus de 28 ans après l’extermination des Tutsis au Rwanda.

L’ancien haut fonctionnaire, 78 ans, a été acquitté en tant qu’auteur de génocide, mais reconnu coupable en tant que complice de génocide et de crimes contre l’humanité pour quatre massacres, au terme de près de 11 heures de délibéré.

Acquitté de crimes contre l’humanité

Laurent Bucyibaruta, qui comparaissait libre sous contrôle judiciaire depuis le 9 mai, passera la nuit en prison. Il a été escorté par des gendarmes peu après l’énoncé du verdict. L’accusation avait réclamé à son encontre la réclusion criminelle à perpétuité, le considérant complice d’un massacre de Tutsi et auteur de quatre autres dans sa préfecture de Gikongoro. Cette région du sud du Rwanda a été l’une des plus touchées par le génocide qui a fait au moins 800.000 morts dans le pays entre avril et juillet 1994, selon l’ONU.

La cour a totalement acquitté Laurent Bucyibaruta des accusations de génocide et de crimes contre l’humanité commis à la paroisse de Kibeho le 14 avril 1994, ainsi que celles concernant les exécutions de prisonniers tutsi à la prison de Gikongoro. Elle l’a reconnu complice de génocide et de crimes contre l’humanité pour les massacres de l’école en construction de Murambi et des paroisses de Cyanika et Kaduha, tous commis le 21 avril 1994.

Le plus haut responsable jamais jugé en France

Il est également condamné pour complicité de ces crimes pour les exécutions d’élèves à l’école Marie Merci de Kibeho, et celles commises lors de rondes et à des barrières. Sa défense avait plaidé l’acquittement.

Dans ses derniers mots à la cour, avant qu’elle ne se retire pour délibérer, Laurent Bucyibaruta avait martelé n’avoir "jamais été dans le camp des tueurs". Il était le plus haut responsable rwandais jamais jugé en France pour des crimes liés au génocide des Tutsis, après les condamnations définitives d’un officier militaire et de deux bourgmestres, et la condamnation en première instance d’un chauffeur qui a fait appel. Laurent Bucyibaruta a dix jours pour faire appel de sa condamnation.