Inflation monstre, état d’urgence, président en fuite aux Maldives… Le point sur la crise qui secoue le Sri Lanka

RECAP' « 20 Minutes » vous résume la crise politique et économique qui secoue le Sri Lanka

D.R. avec AFP
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Des manifestants envahissent la résidence officielle du président Gotabaya Rajapaksa pour le deuxième jour après sa prise d'assaut à Colombo, au Sri Lanka, le lundi 11 juillet 2022.
Des manifestants envahissent la résidence officielle du président Gotabaya Rajapaksa pour le deuxième jour après sa prise d'assaut à Colombo, au Sri Lanka, le lundi 11 juillet 2022. — Rafiq Maqbool/AP/SIPA
  • De nombreuses manifestations secouent le Sri Lanka depuis plus de trois mois. Les protestataires ont pris d’assaut le palais présidentiel ce week-end, poussant le président contesté – dont ils réclament la démission – à prendre la fuite. Gotabaya Rajapaksa tente désespérément de quitter le pays.
  • Le pays insulaire fait face à une grave crise économique, qui a provoqué une gronde sociale historique. L’inflation est montée à 54,6 % en juin, les pénuries se multiplient et l’île est en défaut de paiement.
  • « 20 Minutes » vous résume la crise politique et économique qui secoue le Sri Lanka en quatre points.

EDIT du 13 juillet à 10h06 : Le président srilankais Gotabaya Rajapaksa s'est posé mercredi aux Maldives après avoir quitté son pays à bord d'un avion militaire. Après sa fuite, Colombo a déclaré l'état d'urgence et le Premier ministre srilankais Ranil Wickremesinghe a été désigné président par intérim.

Le Sri Lanka fait face à l’une des crises les plus violentes de son histoire, depuis son indépendance en 1948. L’inflation est montée à 54,6 % en juin, étranglant la population qui fait aussi face à des pénuries de nourriture, de carburant et d’électricité. Depuis fin mars, des manifestations s’organisent dans le pays afin de réclamer la démission du président et du gouvernement. De l'inflation à la désertion, « 20 Minutes » revient sur la crise qui secoue le Sri Lanka.

Pourquoi la situation a-t-elle explosé ?

Des protestataires campent devant le Secrétariat présidentiel depuis plus de trois mois pour demander la démission du président. Gotabaya Rajapaksa est accusé d’avoir mal géré l’économie. Le Sri Lanka est dans l’incapacité, par manque de devises étrangères, de financer les importations les plus essentielles à la population de 22 millions d’habitants. En deux ans de pouvoir, le président a vidé les caisses de l’Etat qui sont passées de 7,5 milliards de dollars à 2,7 milliards de dollars fin 2021.

Colombo a fait défaut sur sa dette extérieure de 51 milliards de dollars en avril et est en pourparlers avec le Fonfs monétaire international (FMI) pour un éventuel renflouement. Le Sri Lanka a presque épuisé ses réserves d’essence. Le gouvernement a ordonné la fermeture des bureaux non essentiels et des écoles afin de réduire les déplacements et d’économiser du carburant. En six mois, le prix du diesel a explosé de 230 %, celui de l’essence de 137 %.

De plus, le Covid-19 a aggravé la situation. En temps normal, le tourisme représente 10 % de l’économie de l’île, située au sud-est de l’Inde. Et les visiteurs se faisaient déjà rares après la vague d’attentats qu’a subi le pays au printemps 2019. A présent, les habitants se sont tellement appauvris que 80 % d’entre eux sauteraient des repas, d’après l’ONU.

Quel tournant la crise a-t-elle pris ce week-end ?

Samedi, des centaines de milliers de personnes s’étaient rassemblées dans le quartier des résidences officielles pour manifester leur colère. Plusieurs centaines ont réussi à pénétrer dans le palais, escaladant les grilles tandis que les gardes s’efforçaient de les retenir juste assez longtemps pour pouvoir exfiltrer le président.

La résidence du Premier ministre a, elle, été incendiée dans la soirée, et trois suspects ont été arrêtés dimanche, selon la police. Ces événements sont le point culminant des manifestations incessantes et parfois violentes de ces derniers mois face aux pénuries. Les habitants rendent en grande partie responsable le clan Rajapaksa, des frères qui se partageaient le pouvoir depuis plus de quinze ans et qu’ils accusent d’incompétence et de corruption.

Occupant non seulement le palais présidentiel mais aussi celui du Premier ministre, et les bureaux de ces deux dirigeants, les protestataires ont obtenu une promesse de démission du chef d’Etat qui devrait survenir le 13 juillet.

Où se trouve le président contesté ?

En attendant, Gotabaya Rajapaksa tente désespérément de quitter le pays. Ce mardi, le dirigeant s’est retrouvé coincé à l’aéroport de Colombo après un face-à-face humiliant avec les agents de l’immigration qui l’ont refoulé. N’ayant pas encore démissionné, ce qu’il a promis de faire mercredi pour une « transition pacifique du pouvoir », il bénéficie d’une immunité présidentielle. Il pourrait vouloir en profiter pour trouver refuge à l’étranger.


Selon une source haut placée dans le domaine de la défense, les conseillers de Gotabaya Rajapaksa discutent d’une fuite du président et de son entourage à bord d’un navire de patrouille. Le bureau de la présidence ne communique pas sur sa situation, mais Gotabaya Rajapaksa demeure le commandant en chef des armées, disposant ainsi de moyens militaires.

Un vaisseau de la marine avait déjà été utilisé pour transférer le chef de l’Etat samedi du palais présidentiel assiégé par les manifestants au port de Trincomalee, dans le nord-est du pays. Puis, le chef d’Etat avait rejoint lundi en hélicoptère l’aéroport international de Colombo. « La meilleure option maintenant est de sortir par la voie maritime », a déclaré le responsable de la défense. « Il pourrait aller aux Maldives ou en Inde et prendre un vol pour Dubaï ». Une autre option, a ajouté cette source, serait d’affréter un vol depuis l’aéroport international de Mattala. En tout cas, en coulisses, la fuite du président contesté s’organise.

Qui pour remplacer le futur exilé ?

Si le chef de l’Etat démissionne comme promis, le Premier ministre Ranil Wickremesinghe sera automatiquement nommé président par intérim mais il est aussi contesté par les manifestants. Le Parlement disposera ensuite d’un mois pour élire un député qui exercera le pouvoir jusqu’à la fin du mandat en cours, c’est-à-dire novembre 2024.

Un délai bien long compte tenu de la crise. Le président du Parlement a d’ailleurs assuré que les députés désigneraient le nouveau président d’ici une semaine. Mais aucun candidat ne semble pour l’instant rassembler une majorité de suffrages et la crise politique pourrait se prolonger.