Uber Files : Une vaste enquête accuse l’entreprise de méthodes brutales voire illégales à ses débuts et évoque ses relations avec Emmanuel Macron

INVESTIGATIONS L’enquête s’intéresse notamment aux liens entre la société américaine et Emmanuel Macron à l’époque où il était ministre de l’Economie (2014-2016)

20 Minutes avec AFP
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Après des bannissements de chauffeurs, une plainte visant Uber devant la Cnil
Après des bannissements de chauffeurs, une plainte visant Uber devant la Cnil — SOPA Images/SIPA

La plateforme Uber a déclaré dimanche qu’elle ne ferait pas d’excuses pour son « passé », en réponse à une enquête internationale de journalistes montrant que l’entreprise a eu recours à des pratiques brutales et a « enfreint la loi » pour s’imposer malgré les réticences des politiques et des taxis.

« Nous n’avons pas fait et ne ferons pas d’excuses pour des comportements du passé qui ne sont clairement pas alignés avec nos valeurs actuelles », a indiqué Jill Hazelbaker, vice-présidente chargée des Affaires publiques d’Uber, dans un communiqué en ligne.

Une enquête internationale

Le Guardian, un quotidien britannique, a obtenu et partagé avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) quelques 124.000 documents, datés de 2013 à 2017, comprenant des e-mails et messages des dirigeants d’Uber à l’époque, ainsi que des présentations, notes et factures. Dimanche, plusieurs quotidiens (le Washington Post aux Etats-Unis, le Monde en France, et d’autres) ont publié leurs premiers articles tirés de ces « Uber Files ».

Ils mettent en avant certaines méthodes employées pendant ces années d’expansion rapide mais aussi de confrontation pour Uber, de Paris à Johannesburg. « L’entreprise a enfreint la loi, trompé la police et les régulateurs, exploité la violence contre les chauffeurs et fait pression en secret sur les gouvernements dans le monde entier », affirme le Guardian en introduction.

Révélation de liens privilégiés entre Macron et Uber

Le Monde s’est intéressé aux liens entre la société américaine et Emmanuel Macron à l’époque où il était ministre de l’Economie (2014-2016). S’appuyant sur différents témoignages et documents, dont de nombreux échanges de SMS, Le Monde conclut à l’existence d’un « deal » secret entre Uber et Emmanuel Macron à Bercy. Le quotidien fait état de réunions dans le bureau du ministre, de nombreux échanges (rendez-vous, appels ou SMS) entre les équipes d’Uber France et Emmanuel Macron ou ses conseillers. Sont pointées du doigt certaines pratiques destinées à aider Uber à consolider ses positions en France, comme le fait de suggérer à l’entreprise de présenter des amendements « clés en main » à des députés.

La société Uber France a confirmé la tenue de réunions avec Emmanuel Macron : des rencontres qui « relevaient de ses responsabilités en tant que ministre de l’Économie et du Numérique supervisant le secteur des VTC ». L’Elysée a indiqué qu’Emmanuel Macron, comme ministre de l’Economie, était « naturellement amené à échanger avec de nombreuses entreprises engagées dans la mutation profonde des services advenue au cours des années évoquées, qu’il convenait de faciliter en dénouant certains verrous administratifs ou réglementaires ».