Etats-Unis : Sous le feu des critiques, Joe Biden promet des mesures pour défendre le droit à l’avortement

IVG Toutefois, leur portée sera limitée et souvent peu contraignante

M.d.F. avec AFP
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Le président des États-Unis, Joe Biden, prononce une allocution avant de signer un décret sur la protection de l'accès aux services de santé reproductive, le 8 juillet 2022.
Le président des États-Unis, Joe Biden, prononce une allocution avant de signer un décret sur la protection de l'accès aux services de santé reproductive, le 8 juillet 2022. — Shutterstock/SIPA

Déjà mieux que rien. Le président Joe Biden sort (enfin) du silence et décide de prendre des mesures pour de contrecarrer la décision de la Cour suprême américaine de mettre fin au droit constitutionnel à l'avortement.

Avec un discours musclé sur la nécessité d’une mobilisation électorale massive aux prochaines législatives contre une Cour suprême « hors de contrôle » et les projets « extrêmes » des républicains, ce dernier a signé ce vendredi un décret comprenant toute une série d’initiatives.

« La voie la plus rapide »

« Pour l’amour de Dieu, il y a une élection en novembre, votez, votez, votez », a demandé le président américain à la Maison-Blanche. En clair, il a réclamé une forte majorité parlementaire démocrate, ce qu’il n’a pas aujourd’hui. « C’est la voie la plus rapide » pour restaurer le droit à l’IVG dans tout le pays, via une loi fédérale, a-t-il dit, dans ce deuxième discours depuis que la plus haute juridiction américaine a dynamité le 24 juin la jurisprudence qui, depuis 1973, protégeait le droit à l’IVG sur tout le territoire américain.

Si le parti républicain remportait ces élections de mi-mandat en novembre, et votait au contraire une loi interdisant l’avortement dans tout le pays, et non plus dans les seuls Etats conservateurs, Joe Biden a promis d’y mettre son veto. Nombre de démocrates et d’activistes estiment que Joe Biden et son administration devraient prendre des mesures plus spectaculaires. Ou à défaut se montrer plus agressifs politiquement, ce que le démocrate de 79 ans, un modéré qui répugne aux coups d’éclat.

Exercice de politique

Il a lâché ses coups contre une Cour suprême « hors de contrôle » et estimé que sa décision sur l’avortement n’était « pas un jugement constitutionnel, mais un exercice de force politique brute. » Il a aussi fustigé les positions « radicales » du parti républicain. « C’est maintenant le moment… de protéger la nation d’un projet extrémiste », qui pourrait remettre en cause aussi le droit à la contraception ou le mariage pour tous, a dit Joe Biden.

Le jour de la décision, Joe Biden avait fustigé une « erreur tragique », et annoncé deux volets de mesures réglementaires, sur l’accès aux pilules abortives et sur le droit des femmes de voyager dans d’autres Etats si elles souhaitent avoir recours à une IVG. Mais depuis, le démocrate de 79 est resté plus ou moins silencieux sur le sujet, s’attirant des critiques toujours plus virulentes dans son propre camp, le parti démocrate, qui voudrait des actions plus spectaculaires ou à défaut une communication plus agressive.

Protection des données en ligne et accès à la contraception

Parmi ces mesures, la promesse de « protéger les informations de santé sensibles » et « combattre la surveillance numérique », selon le communiqué de l’exécutif américain. En effet, nombre d’activistes alertent sur les dangers liés aux données en ligne, telles que la géolocalisation ou les informations collectées par des applications de suivi des cycles menstruels, qui pourraient être exploitées afin de poursuivre des femmes ayant avorté.

Le texte signé par Joe Biden promet aussi, mais sans donner de détails pratiques, de protéger les cliniques mobiles pratiquant l’IVG aux frontières extérieures des Etats l’ayant interdite. La Maison-Blanche veut aussi garantir l’accès à la contraception, en particulier à la pilule du lendemain et aux stérilets.

L’exécutif américain entend enfin organiser un réseau d’avocats bénévoles pour garantir que les Américaines pourront se déplacer à l’intérieur des Etats-Unis si elles décident de se faire avorter, et ce sans être inquiétées par la justice si elles résident dans un Etat interdisant l’avortement.

Quelles portées ?

Cette tentative de mobilisation électorale de Joe Biden va-t-elle réussir, venant d’un président impopulaire, et alors que l’inflation galopante est la plus grande préoccupation des ménages ? Peu après le discours de Joe Biden, Jen Klein, conseillère en charge notamment des questions liées à l’IVG, a passé un moment compliqué lors du briefing quotidien de la Maison-Blanche.

« Nous avons franchi une étape importante aujourd’hui et nous continuons à examiner toutes les options qui seraient pertinentes légalement », a-t-elle assuré. Mais elle a peiné à expliquer la portée concrète du décret signé vendredi, et à justifier que le texte vienne deux semaines après la décision de la Cour suprême, pourtant prévisible puisqu’un brouillon avait fuité dans la presse auparavant.

L’organisation Women’s March, qui veut manifester dimanche devant la Maison-Blanche, a accueilli très froidement les annonces de vendredi. Ce sont « de premiers pas nécessaires mais c’est loin d’être assez. (…) J’appelle l’administration à se rendre compte de l’urgence. Soyez créatifs ! » a déclaré Rachel O’Leary Carmona, directrice exécutive de l’association.

La patronne de la Chambre des représentants et figure du camp démocrate Nancy Pelosi a, elle, promis de mettre au vote la semaine prochaine deux législations : l’une pour consacrer un droit à l’avortement fédéral et l’autre pour protéger les femmes qui quittent leur Etat pour se faire avorter. Mais ces textes ne verront jamais le jour, faute de majorité parlementaire assez forte.