Ouzbékistan : Violentes manifestations dans l’ouest, le président reconnaît des « victimes »

REPRESSION L’état d’urgence a été décrété et le président ouzbek a renoncé à un amendement constitutionnel

X.R. avec AFP
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Le président Chavkat Mirzioïev aux côtés de Vladimir Poutine.
Le président Chavkat Mirzioïev aux côtés de Vladimir Poutine. — Yevgeny BIYATOV / SPUTNIK / AFP

Le Karakalpakstan est à feu et à sang, au sens propre du terme. Cette province autonome de l’Ouzbékistan a connu de violentes manifestations samedi, alors que l’ancienne république soviétique réprime durement toute opposition. L’état d’urgence a été décrété et le président Chavkat Mirzioïev lui-même a fait un discours depuis le Karakalpakstan. « Plusieurs groupes ont tenté de prendre le contrôle de bâtiments du Département des Affaires intérieures de la ville de Noukous – la capitale du Karakalpakstan, ndlr – et du Département de la Garde nationale afin de se procurer des armes », a-t-il dénoncé.

« Malheureusement, il y a des victimes chez les civils et parmi les forces de l’ordre », reconnaît-il, accusant les organisateurs des manifestations de « se cacher derrière des slogans ». « Profitant du fait qu’ils étaient plus nombreux, ces hommes s’en sont pris à des officiers de police, qui ont été frappés et grièvement blessés », a-t-il fait valoir. Il n’a pas précisé le nombre des victimes, ni indiqué s’il s’agissait de morts ou de blessés. Des vidéos des affrontements avec les forces de l’ordre montrent des personnes qui semblent blessées ou inconscientes, faisant craindre un lourd bilan humain.

Réforme de la Constitution avortée

C’est la plus grave crise interne qu’affronte le président ouzbek depuis son arrivée au pouvoir en 2016. Des « organisateurs des émeutes » ont été arrêtés, a déclaré de son côté la police sans donner davantage de détails. Deux habitants de Noukous ont affirmé qu’un petit groupe tentant de protester samedi soir, pour la seconde nuit consécutive, avait été dispersé par les forces de l’ordre. Selon ces témoins qui ont requis l’anonymat, la police semble avoir fait usage de gaz lacrymogènes et de grenades fumigènes.

Devant les manifestations, Chavkat Mirzioïev a dû renoncer à un projet d’amendement constitutionnel. Cet amendement aurait amoindri le degré d’autonomie de la république peuplée de 2 millions de personnes, l’une des plus pauvres du pays. Avec la révision de la Constitution projetée, le mandat présidentiel passerait par ailleurs de cinq à sept ans, au profit de l’actuel chef de l’État.

Un représentant ouzbek, Bobur Bekmurodov, a dénoncé des images diffusées sur Twitter montrant des hommes en uniforme marchant dans une rue couverte d’un liquide rouge. « Les amis, ne rejoignez pas ces provocations honteuses. Vérifiez les informations. C’est juste de l’eau de couleur rouge. S’il vous plaît faites connaître la vérité ! », a-t-il tweeté. D’autres vidéos montrant des canons à eau utiliser cette eau rouge orangée ont aussi été mises en ligne, alors que certains parlaient de rivières de sang.