Visite historique du leader libyen Kadhafi à Rome

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« Durant quarante ans, se rendre sur Saturne était plus probable

pour Kadhafi

que de visiter Rome », note le journal libyen Al Jamahiriya. Pourtant hier, le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, a donné l'accolade au « Guide de la révolution libyenne » à son arrivée à Rome. Depuis la signature d'un traité « d'amitié et de coopération », en août 2008, la relation entre l'Italie et son ex-colonie s'est détendue. Mouammar Kadhafi a estimé hier que la « page du passé » colonial « était tournée ». Après sa visite à Paris en décembre 2007, le leader libyen confirme son retour sur la scène internationale.

Ces trois jours de visite, qui ont déclenché la polémique jusque dans la majorité de Berlusconi, pourraient bénéficier aux entreprises de la Péninsule. La Libye s'apprête en effet à émettre des appels d'offres pour l'exploitation de nouveaux champs pétroliers.

L'autre enjeu de la visite, c'est la coopération sur le dossier de l'immigration. « La Libye contrôle les vannes de l'immigration clandestine et s'en sert comme moyen de pression », affirme Hasni Abibi, directeur du Centre d'études et de recherches sur le monde arabe et musulman de Genève. Début mai, la Libye a accepté, pour la première fois, que la marine italienne reconduise 500 migrants clandestins sur son sol. Human Rights Watch, qui rapporte des traitements « inhumains et dégradants » de la part des autorités libyennes, a dénoncé mardi « un sale accord qui permet à l'Italie de se débarrasser de ses migrants et demandeurs d'asile ». Le Haut-Commissariat aux réfugiés avait aussi condamné l'opération et rappelé que la Libye n'est pas signataire de la Convention des Nations unies sur le statut des réfugiés. W

Pierre Boisselet