Attentat sanglant dans un grand hôtel

Sophie Cois avec AFP

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Hierà Peshawar, l'attentat qui a visé l'hôtel Pearl Continental a fait 18 morts.
Hierà Peshawar, l'attentat qui a visé l'hôtel Pearl Continental a fait 18 morts. — A. ARBAB / EPA / SIPA

L'attentat-suicide qui a partiellement détruit mardi soir

l'hôtel Pearl Continental de Peshawar, dans le nord-ouest du Pakistan, est un impressionnant coup de force des talibans. L'attaque, qui n'avait pas encore été officiellement revendiquée hier, a fait 18 morts et 57 blessés, selon un bilan provisoire, dont au moins deux étrangers, employés de l'ONU. Pour le gouvernement pakistanais, il s'agit d'« une riposte à l'offensive [menée par l'armée dans la vallée] de Swat ». Toujours selon lui, Peshawar, qui compte plus de 2,5 millions d'habitants, est désormais « en voie de talibanisation ». Les talibans ont, à l'instar de Ben Laden, décrété le « djihad » contre Islamabad pour son soutien à la lutte antiterroriste des Etats-Unis. En moins d'un mois, la capitale pachtoune de la province du Nord-Ouest a été victime de sept attaques terroristes.

Les islamistes avaient prévenu qu'ils intensifieraient leur campagne d'attentats en représailles à l'offensive de l'armée, lancée il y a deux mois sous la pression de Washington pour les déloger de Swat, au nord du pays. Ils étaient auparavant cantonnés dans les zones tribales du Nord-Ouest, à la frontière de l'Afghanistan. « Les talibans ne peuvent pas attaquer l'armée directement. Ils n'ont pas les moyens de prendre le pouvoir au Pakistan, mais ils peuvent déstabiliser le gouvernement avec des attentats », analyse Karim Pakzad, chercheur associé à l'Iris, l'Institut de relations internationales et stratégiques.

En moins de deux ans, 230 attaques terroristes ont tué près de 2 000 Pakistanais. L'année dernière, un attentat similaire à celui de mardi avait visé l'hôtel Marriott de la capitale, Islamabad, faisant 60 morts. « Cette action à Peshawar sera suivie par d'autres », prévient Olivier Guillard, directeur de recherche à l'Iris. « Les talibans font passer un message au gouvernement : plus vous mettrez la pression sur nous, plus on fera de même. » Toutefois, « depuis peu, des villageois des zones tribales se retournent contre les talibans », explique Olivier Guillard. Vendredi dernier, un attentat dans une mosquée du district tribal du Haut Dir, qui a fait 38 morts, a ainsi poussé les habitants à prendre les armes contre les islamistes. L'armée pakistanaise a envoyé des hélicoptères de combat pour les soutenir. W