Etats-Unis : Les élus américains se lancent dans une lutte de longue haleine sur l'avortement

RETOUR AUX CINTRES En quelques heures vendredi, au moins huit Etats ont rendu immédiatement tout avortement illégal

20 Minutes avec AFP
— 
Des manifestants pour le droit à l'avortement se rassemblent pour protester au Capitole de l'État à Austin, au Texas, le samedi 25 juin 2022.
Des manifestants pour le droit à l'avortement se rassemblent pour protester au Capitole de l'État à Austin, au Texas, le samedi 25 juin 2022. — Suzanne Cordeiro/Shutterstock/SIPA

La moitié des Etats-Unis s’apprête à interdire l’avortement. Des deux côtés de la profonde fracture qui divise le pays, des élus américains ont entamé dimanche ce qui s’annonce comme une bataille tendue et durable sur l’avortement, aussi bien au niveau des Etats qu’au Congrès. Pour la troisième journée consécutive, des partisans du droit à l’avortement se mobilisaient pour protester contre la décision de la Cour suprême d’annuler ce que beaucoup considéraient comme un droit acquis.

Une veillée aux chandelles était prévue dimanche soir devant la haute cour, tout près du Capitole. Dans un pays fragmenté entre Etats qui ont déjà ou vont bientôt nier le droit à l’avortement, qui était garanti depuis 1973, et ceux qui vont le maintenir, voire le renforcer, les divergences d’opinions ont parfois tourné à l’échauffourée lors de manifestations ce week-end, provoquant des dizaines d’arrestations.

Interdiction totale dans le Missouri

En quelques heures vendredi, au moins huit Etats ont rendu immédiatement tout avortement illégal et sept autres ont prévu de faire de même dans les prochaines semaines. Le Missouri a été le premier à appuyer sur la gâchette, avec une interdiction totale, sans exception pour viol ou inceste.

Le gouverneur républicain de l’Arkansas Asa Hutchinson a jugé sur NBC que son Etat, où une mesure similaire a été adoptée, et d’autres devraient maintenant s’atteler à des aides aux mères et aux nouveau-nés, en développant les services d’adoption. Ce conservateur s’est félicité du retour aux Etats des décisions sur l’avortement, mais il s’est opposé à tout effort du parti républicain pour interdire l’IVG au niveau fédéral ou tenter de réduire l’accès à la contraception.

Certains élus saluent une « merveilleuse nouvelle »

« En Arkansas, le droit à la contraception est important », a-t-il dit. « Il est reconnu. On n’y touchera pas ». La gouverneure républicaine du Dakota du Sud Kristi Noem a de son côté qualifié l’abandon de « Roe v. Wade » de « merveilleuse nouvelle pour la défense de la vie », mais elle a ajouté s’attendre à beaucoup de « débats et discussions » dans son Etat et ailleurs sur les législations à venir.

Elle s’est déclarée favorable à des lois interdisant « les avortements par télémédecine », une allusion aux pilules abortives prescrites en téléconsultation, une pratique approuvée par l’agence américaine des médicaments, la FDA. De leur côté, les partisans du droit à l’avortement se sont rapidement mobilisés.

« Se battre de toutes ses forces » pour protéger les femmes et leurs droits

L’organisation de planning familial Planned Parenthood a lancé samedi une procédure judiciaire dans l’Utah pour tenter de bloquer la mise en œuvre automatique d’une loi qui interdirait quasiment toute IVG et criminaliserait les professionnels de santé qui la pratiqueraient. Dans le Wisconsin, où une loi de 1849 interdisant l’IVG sauf pour les femmes dont la vie serait en jeu risque d’entrer en vigueur, le gouverneur démocrate Tony Evers a promis de gracier tout médecin qui serait poursuivi.

Dans l’Etat du Michigan dont le Congrès est contrôlé par les républicains, la gouverneure démocrate Gretchen Whitmer a promis de « se battre de toutes ses forces » pour protéger les droits des femmes. Elle aussi a saisi les tribunaux pour empêcher la mise en œuvre d’une loi interdisant l’avortement.

« C’est effroyable »

Sur CNN, la candidate démocrate au poste de gouverneur de Géorgie, Stacey Abrams, a noté que son Etat allait interdire dans les prochains jours tout avortement après six semaines de grossesse. « C’est effroyable et c’est une erreur, et si je suis gouverneure, je ferai tout mon possible pour revenir dessus ».

Dans les Etats où les lois seront les plus strictes, les femmes auront le choix entre garder le bébé, subir un avortement clandestin, se procurer des pilules abortives ou se rendre dans un Etat où l’IVG restera légale.

La majorité des Américains contre ce recul des droits

Pour l’élue progressiste Alexandria Ocasio-Cortez, les situations de cauchemar vont se multiplier. « Forcer des femmes à poursuivre leur grossesse contre leur gré va les tuer, ça va les tuer », s’est-elle exclamée sur NBC. Elle a suggéré que l’administration Biden ouvre des cliniques de planning familial sur des terres fédérales dans les Etats interdisant l’avortement.

Selon un sondage publié dimanche par CBS, une majorité d’Américains désapprouve la décision de la Cour suprême : 59 % des personnes interrogées et 67 % des femmes s’y opposent. En outre, 52 % des sondés ont jugé qu’il s’agissait d’un recul pour les Etats-Unis, tandis que 31 % ont jugé que c’était une avancée.