Etats-Unis : Après le droit à l’avortement révoqué, l’accès aux pilules abortives menacé ?

DROITS DES FEMMES La Cour suprême a annulé vendredi l’arrêt garantissant au niveau national le droit à l’avortement

20 Minutes avec AFP
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Une manifestation à Chicago après la décision de la Cour suprême de retirer le droit constitutionnel à l'avortement.
Une manifestation à Chicago après la décision de la Cour suprême de retirer le droit constitutionnel à l'avortement. — CHINE NOUVELLE/SIPA

Un séisme qui pourrait avoir de nombreuses répliques. Alors que les Etats conservateurs américains se précipitent pour interdire l’avortement après l’arrêt de la Cour suprême vendredi, qui a annulé ce droit au niveau fédéral, la lutte autour de l’IVG se déplace déjà sur un autre terrain : celui des pilules abortives.

Limitée dans ce qu’elle peut faire, l’administration Biden va se concentrer sur l’élargissement de l’accès à ces pilules aux femmes vivant dans des Etats où l’avortement est interdit ou très restreint. Mais il est plus que probable que certains de ces Etats, ainsi que de puissants groupes conservateurs, aillent en justice pour tenter de bannir leur utilisation.

« On ne peut pas empêcher les pilules abortives de circuler »

Juste après l’annonce de la haute cour vendredi, le président démocrate a demandé aux responsables sanitaires de s’assurer que les pilules abortives soient disponibles pour les Américaines, en affirmant qu’il ferait « tout ce qui est en (son) pouvoir » pour protéger les droits des femmes dans les Etats où ils seraient affectés par la décision. Les pilules, qui peuvent être utilisées jusqu’à 10 semaines de grossesse aux Etats-Unis, représentent la moitié des avortements dans le pays.

La demande devrait encore augmenter après qu’une dizaine d’Etats ont interdit ou imposé des restrictions draconiennes à l’avortement, et d’autres devraient suivre. Rebecca Gomperts, médecin néerlandaise dont l’organisation fournit des pilules abortives sur internet, estime que la situation n’est pas aussi désespérée qu’elle l’était avant l’arrêt « Roe v. Wade » de 1973, qui garantissait le droit à l’avortement partout dans le pays. « On ne peut pas empêcher les pilules abortives de circuler », affirme-t-elle à l’AFP. « Il y a donc toujours un accès à un avortement sûr si une femme tombe enceinte sans le vouloir ». Mais c’est loin d’être garanti, s’inquiètent de nombreux défenseurs du droit à l’avortement.

Des voyages vers d’autres Etats ?

L’Agence américaine des médicaments, la FDA, a approuvé l’utilisation de ces pilules il y a une vingtaine d’années. L’an dernier, elle a autorisé leur envoi par courrier. Mais dans les Etats anti-avortement, leur utilisation reste une zone grise juridique et fera certainement l’objet de batailles devant les tribunaux. Dimanche, la gouverneure du Dakota du Sud, Kristi Noem, a ainsi affirmé que les IVG médicamenteuses par télémédecine étaient des « interventions médicales très dangereuses » et qu’elles devraient uniquement se faire sous supervision médicale.

Selon l’institut Guttmacher, un centre de recherche qui milite pour l’accès à la contraception et à l’avortement dans le monde, 19 Etats américains exigent que les pilules abortives soient administrées par un membre du personnel de santé, interdisant donc leur livraison par la poste. Et dans les Etats bannissant toute méthode d’avortement, les femmes pourraient se voir interdites de voir des médecins basés dans un autre Etat ou à l’étranger en téléconsultation. Dans ce cas, elles devraient avoir à voyager vers un autre Etat où ces rendez-vous seraient autorisés et recevoir leur enveloppe à une adresse hors de leur Etat.

Des poursuites en approche ?

Mais les obstacles ne s’arrêtent pas là. Une IVG médicamenteuse se fait en deux temps : d’abord avec de la mifépristone puis, 24 à 48 heures plus tard, du misoprostol pour provoquer des contractions. La question se pose donc : une femme résidant dans un Etat anti-avortement peut-elle être poursuivie si elle reçoit la première dose ailleurs, mais la seconde après être rentrée chez elle ?

Alors que les Etats progressistes prennent des mesures pour faciliter les avortements pour les femmes d’autres régions du pays, les Etats conservateurs pourraient, eux, chercher à poursuivre les agents de santé et les groupes impliqués dans ces efforts. Et même les patientes elles-mêmes. Anticipant de tels plans, le ministre de la Justice, Merrick Garland, a averti vendredi que les Etats ne pouvaient pas interdire les pilules abortives puisque la réglementation fédérale prévaut, laissant augurer de bras de fer devant la justice.