Turquie : Près de 400 arrestations lors de la Marche des Fiertés à Istanbul

HOMOPHOBIE La Marche des Fiertés se déroulait ce week-end dans de nombreuses capitales européennes

X.R. avec AFP
— 
Plusieurs arrestations avaient aussi émaillé la Marche l'an dernier.
Plusieurs arrestations avaient aussi émaillé la Marche l'an dernier. — Bulent KILIC / AFP

Annulée à Oslo après un attentat ayant visé un bar gay, la Marche des Fiertés d’Istanbul s’est bien élancée ce dimanche malgré l’interdiction. Dans une Turquie en théorie laïque mais très marquée par le conservatisme islamique, l’évènement est interdit depuis 2014 et une manifestation qui avait rassemblé plus de 100.000 personnes, officiellement pour raisons de sécurité.

Mais des centaines de manifestants brandissant des drapeaux arc-en-ciel ont commencé de se rassembler dans les rues adjacentes à la célèbre place Taksim, entièrement fermée au public. Cette place est notamment connue pour être le théâtre principal de manifestations d’oppositions au régime. Avant même le début du rassemblement, la police anti-émeutes a effectué une descente musclée dans plusieurs bars du quartier de Cihangir, autour de Taksim, et a arrêté « au hasard » les personnes qui s’y trouvaient, dont des journalistes.

« 373 personnes ont été arrêtées. Toutes (…) avaient été libérées au matin du 27 juin », a indiqué l’association turque de défense des droits LGBTQ + Kaos GL.

Selon plusieurs témoins, la police a tenté d’empêcher la presse de filmer les arrestations. Bülent Kilic, un photographe expérimenté et primé de l’AFP, habitué aux zones de conflit, a été menotté dans le dos, le tee-shirt arraché, et embarqué avec d’autres dans un fourgon de police. Il avait déjà été arrêté l’an passé dans les mêmes circonstances.

L’opprobre social et l’hostilité du pouvoir

L’homosexualité, dépénalisée en Turquie depuis le milieu du XIXe siècle (1858), n’est pas interdite mais reste largement soumise à l’opprobre social et à l’hostilité du parti islamo-conservateur au pouvoir, l’AKP, et à celle du gouvernement du président, Recep Tayyip Erdogan. Un ministre a traité par le passé les homosexuels de « détraqués ».

En 2020, la plateforme Netflix avait été contrainte de renoncer à la production d’une série en Turquie parce qu’elle présentait un personnage gay et n’avait pas obtenu le feu vert des autorités. La même année, la marque française d’équipements et de vêtements sportifs Decathlon avait fait l’objet d’appels au boycott en Turquie pour avoir véhiculé dans ses campagnes des messages de soutien aux communautés LGBTQ +.