Etats-Unis : Associations et dirigeants politiques déplorent la révocation du droit à l’avortement par la Cour suprême

INDIGNATION Les réactions se multiplient après l’annulation du droit à l’avortement décidée ce vendredi par la Cour suprême des Etats-Unis

20 Minutes avec AFP
— 
Manifestation aux Etats-unis, le 14 mai 2022, contre l'annulation du droit à l'avortement.
Manifestation aux Etats-unis, le 14 mai 2022, contre l'annulation du droit à l'avortement. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Le droit à l’avortement torpillé. Dans une volte-face historique, la très conservatrice Cour suprême des Etats-Unis a enterré ce vendredi le droit à l’avortement et une poignée d’Etats en ont profité pour bannir immédiatement les interruptions de grossesse sur leur sol. Le président Joe Biden a dénoncé une « erreur tragique » qui « met la santé et la vie de femmes en danger » et appelé les Américains à défendre le droit à l’avortement lors des élections de mi-mandat en novembre. Alors que les cliniques du Missouri, Dakota du Sud ou de Géorgie fermaient leurs portes les unes après les autres, des Etats démocrates, comme la Californie ou New York, se sont engagés à défendre l’accès aux IVG sur leur sol.

Dans un tweet, le président français, Emmanuel Macron a regretté la « remise en cause » par la Cour suprême des Etats-Unis des libertés des femmes, soulignant que « l’avortement est un droit fondamental pour toutes les femmes ». « Il faut le protéger. J’exprime ma solidarité avec les femmes dont les libertés sont aujourd’hui remises en cause par la Cour suprême des Etats-Unis d’Amérique », a-t-il ajouté.


A l’international, le Canada et le Royaume-Uni, deux des alliés les plus proches des Etats-Unis, ont déploré la décision de la Cour suprême. « Les nouvelles en provenance des Etats-Unis sont horribles. Je suis de tout cœur avec les millions d’Américaines qui vont perdre leur droit légal à l’avortement », a tweeté le Premier ministre canadien Justin Trudeau.


Le Premier ministre britannique Boris Johnson a lui déploré un « grand retour en arrière ». Lors de son allocution, Joe Biden s’est notamment lamenté que les Etats-Unis faisaient figure « d’exception » dans le monde.

L’annulation du droit à l’avortement décidée vendredi par la Cour suprême des Etats-Unis « est un coup terrible porté aux droits humains des femmes et à l’égalité des genres », a déclaré Michelle Bachelet, la Haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme et ancienne présidente du Chili. « L’accès à l’avortement sûr, légal et efficace est fermement enraciné dans le droit humain international et il est au cœur de l’autonomie des femmes et de leur capacité à faire leurs propres choix », écrit-elle dans un communiqué, regrettant une décision « qui est un recul majeur ».


« Un jour sombre pour les droits des femmes »

La décision de la Cour Suprême des Etats-Unis a également fait réagir de nombreux responsables politiques en France. La Première ministre Elisabeth Borne a déploré sur Twitter « un jour sombre pour les droits des femmes ». « Solidarité totale avec toutes les femmes aux États-Unis et dans le monde. Nous ne lâcherons rien pour nos droits, jamais », a-t-elle poursuivi. « Grand malheur », a tweeté le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. « Le pays de Trump légalise le port d’armes dans les rues et permet l’interdiction de l’avortement. Alerte : on connaît les canaux de contagion des USA en France », a-t-il mis en garde.

L’ex-candidat EELV à la présidentielle, Yannick Jadot, a regretté « une régression absolue pour les droits des femmes aux Etats-Unis » et « un signal terrible pour le reste du monde ». « Les complaisances avec l’extrême droite ont toujours des conséquences dramatiques. Là-bas comme ici », a-t-il tweeté. « Les conséquences des nominations de Trump, c’est ça le risque de l’extrême droite. Un grave recul pour les droits des femmes, une mise en danger de la vie des femmes. Rien n’est acquis : ne jamais rien lâcher pour le droit à l’IVG et à disposer librement de son corps, pour toutes », a tweeté le chef des députés socialistes, Boris Vallaud.

« Neuf juges ont donc décidé de la vie de milliers de femmes qui chaque année n’auront plus accès à un droit fondamental », a regretté la cheffe des députés LREM à l’Assemblée nationale, Aurore Bergé. Le patron des communistes Fabien Roussel a dénoncé « une catastrophe et une terrible régression pour les femmes qui ne seront plus libres de disposer de leur corps ». Le maire LR de Nice Christian Estrosi y voit « un terrible retour en arrière, une atteinte aux libertés et droits des Femmes » et « une insulte à la mémoire de ceux qui se sont battus pour ce droit, à l’image de Simone Veil en France ».

Un « signal dangereux »

En France, les associations de défense du droit à l’IVG estiment que cette révocation du droit à l’avortement par la Cour suprême des Etats-Unis est un « signal dangereux » et menace aussi les droits des femmes « dans le reste du monde et même (dans le pays) ». Cette décision aura des conséquences « désastreuses pour les Américaines », mais envoie également « un signal dangereux qui conforte les partisans des mouvements anti-IVG » ailleurs dans le monde, a ainsi jugé le Haut Conseil à l’égalité dans un communiqué.

« Ce droit fondamental demeure menacé par les courants réactionnaires, qui déploient un travail constant de lobby liberticide, y compris au sein de l’Union européenne », poursuit le HCE. En Pologne, l’avortement est ainsi quasiment interdit​, et en France, de nombreux « sites de désinformation (sur Internet) frôlent le délit d’entrave », a-t-il déploré. « Pour se prémunir de toute tentative d’entrave des droits des femmes », il est urgent « d’inscrire le droit à l’avortement dans notre Constitution française », ainsi que dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, a préconisé le Haut Conseil, instance consultative indépendante placée auprès du Premier ministre.

Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées place de la République à Paris pour défendre le droit à l’avortement, vendredi en fin d’après-midi. La principale organisation de planning familial américaine a promis de son côté de continuer à « se battre » pour rétablir ce droit, et de le préserver autant que possible au niveau local.