Coupe du monde au Qatar : 7 ans de prison pour le sexe hors mariage ? Attention aux déclarations alarmistes

FAKE OFF Une publication britannique évoque le fait que les relations sexuelles hors mariage pendant la Coupe du monde pourraient être punies de sept années de prison

Romarik Le Dourneuf
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On connaît désormais le 32 pays qui participeront au Mondial qatari en novembre 2022.
On connaît désormais le 32 pays qui participeront au Mondial qatari en novembre 2022. — Mustafa ABUMUNES / AFP
  • Le Dailystar, un tabloïd britannique a publié les propos d’un policier qatarien qui assure que les supporters qui seraient surpris à avoir des relations sexuelles hors mariage pendant la Coupe du monde risqueraient 7 ans de prison.
  • Ces déclarations sont réfutées par l’ambassade du Qatar à Paris et par la FIFA qui est citée dans l’article. Le Qatar essaie de montrer une image de tolérance aux Occidentaux depuis des mois pour les rassurer sur l’accueil des supporters en décembre prochain.
  • Selon les spécialistes du Qatar, la société qatarie évolue doucement mais sûrement et beaucoup de choses interdites sont désormais tolérées dans le pays. De plus, le Qatar ne pourrait surveiller tous les supporters et n’a pas intérêt à créer un scandale à l’international pendant cette Coupe du monde.

Rarement une Coupe du monde de football aura autant fait parler avant même que les joueurs aient foulé une pelouse. Depuis son attribution au Qatar en décembre 2010, les polémiques s’enchaînent sur cette compétition qui se déroulera dans le pays de la péninsule arabique du 21 novembre 2022 au 18 décembre 2022.

Manque de « culture foot », réaménagement du calendrier à cause de la température, conditions de travail des ouvriers sur les chantiers des stades… La désignation du Qatar fait couler beaucoup d’encre. Dernièrement, les conditions d’accueil des supporters font de nouveau parler.

En cause, un article du tabloïd anglais, le Dailystar, qui avance que les relations sexuelles avec une autre personne que son époux ou épouse, ce qui est interdit dans ce pays musulman, comme l’homosexualité, sera passible d’une peine de prison de sept ans.


L’alcool étant interdit dans le pays, les « coucheries arrosées » (Boozy bunk-ups) seront donc à exclure du programme, selon le Dailystar. Le site britannique évoque même des officiels de la FIFA qui auraient confirmé l’information, ajoutant qu’il n’y « aurait pas d’exceptions ».

FAKE OFF

L’article du tabloïd est paru en ligne le 18 juin dernier. Il a depuis été repris par de très nombreux médias en l’état. Il existe pourtant des raisons de penser qu’il est très (trop ?) alarmiste.

Tout d’abord parce que la source évoquée par le Dailystar est un policier anonyme dont on ne sait où il est basé, ni qu’elles sont ses attributions. Contactée par 20 Minutes, l’ambassade du Qatar à Paris rejette ces propos et assure qu’aucun officiel du pays ne pourrait les prononcer. De son côté, la FIFA nie être associée à ces allégations et répète de manière automatique : « Les représentants de la FIFA et du pays hôte ont exprimé à plusieurs reprises leur engagement à assurer la sécurité et un accueil chaleureux à tous ceux qui assistent à la Coupe du Monde de la FIFA. »

Des expériences passées positives

Si le sexe hors mariage est bien interdit au Qatar, il est difficile d’imaginer que les couples, d’un jour ou de toujours qui se rendent dans le pays pour la Coupe du Monde puissent être inquiétés. Nabil Ennasri, docteur en sciences politiques et spécialiste des pays du Golfe explique pourquoi : « La Qatar a déjà reçu de nombreuses grandes manifestations sportives par le passé (Jeux asiatiques 2006, Championnat du monde de Handball 2015, Mondiaux d’athlétisme 2017 et 2019). Jamais un couple étranger non-marié n’a eu de problèmes sur ces événements. »

Pour le spécialiste, il y a bien un choc des cultures entre les Qatariens, qui vivent dans une société conservatrice où les marques d’affection ne sont pas tolérées en public, même pour les couples mariés, et les Occidentaux qui viennent pour le tourisme et les événements sportifs : « Mais la Qatar s’ouvre à l’extérieur, évolue et sait s’adapter. Par exemple, l’alcool est accepté dans les hôtels 5 étoiles. Comme les bikinis, sur les plages de ces hôtels. »

Une tolérance s’installe petit à petit

De la même manière que l’alcool sera toléré dans les loges des stades et dans certaines fan zones, l’intimité des supporters sera respectée dans les chambres d’hôtels assure Nabil Ennasri. Une analyse appuyée par Magali*, proche du comité d’organisation de la Coupe du monde : « Il n’y aura pas de surenchère policière dans les hôtels. La ligne pendant l’événement sera : Venez comme vous êtes mais ne vous affichez pas. » Selon cette Française vivant au Qatar, il ne serait pas possible pour les autorités de « fliquer » tous les supporters, et surtout, ce ne serait pas dans leur intérêt. La Coupe du monde est une vitrine pour le Qatar, « pas question de la salir ». Elle ajoute qu’une certaine tolérance s’applique même à une partie de la population qatarienne : « Beaucoup de choses interdites sont tolérées. Certains ambassadeurs sont homosexuels, tout le monde le sait, mais personne ne les embête. »

Ces propos collent aux interventions des différents responsables qatariens au sujet de la tolérance durant cette coupe du monde : les homosexuels seront tolérés à condition qu’ils ne brandissent pas le drapeau arc-en-ciel, les couples non-mariés, libres de se balader à condition qu’ils ne se bécotent pas en public : « Le Qatar et les pays environnants sont beaucoup plus pudiques et conservateurs. C’est ce que nous demandons aux fans de respecter. Nous sommes certains qu’ils le feront. Tout comme nous respectons les différentes cultures, nous attendons de celles-ci qu’elles fassent de même avec la nôtre », avait déclaré Nasser Al-Khater. En clair, l’homosexualité est interdite au Qatar, mais on fermera les yeux si vous restez discrets.

« Soyez discrets »

Si une enquête publiée par trois médias scandinaves montre que certains hôtels refusent les réservations de couples homosexuels déclarés, Nabil Ennasri y voit plutôt du positif : « Sur les 69 hôtels prévus pour la Coupe du monde interrogés, seuls trois ont refusé les réservations (33 les ont acceptées sans réserves et 20 les ont acceptées en leur demandant d’être discret dans leur tenue et leur comportement – NDLR). C’est un progrès énorme par rapport à quelques décennies de cela. »

Plusieurs hauts dignitaires qatariens ont évoqué le sujet des mœurs pendant la Coupe du Monde ces derniers mois. Le pays affirmait, en 2020, avoir élaboré un protocole destiné à éliminer les discriminations lors du Mondial. Un protocole qui contient un « Guide du savoir vivre », selon Magali. Un manuel à l’attention des visiteurs pour leur expliquer comment se comporter.

Que se passerait-il alors pour les contrevenants aux bonnes mœurs ? Difficile de le savoir, certains imaginent des amendes, des expulsions, mais sept années de prison, sûrement pas d’après Nabil Ennasri : « C’est peut-être encore présent dans la loi, comme de nombreux vestiges du droit pénal qatarien. Mais cela évolue moins vite que la société et ce type de loi et de punition ne sont plus appliquées. »

*Son prénom a été modifié à sa demande