Etats-Unis : La Cour suprême consacre le droit au port d'armes hors du domicile, le Sénat vote la loi sur le contrôle

PRETS A DEGAINER Le Sénat a adopté un projet de loi soutenu par des élus des deux principaux partis censé lutter contre cette vague de violence armée, quelques heures à peine après l'invalidation par la Cour suprême des Etats-Unis

20 Minutes avec AFP
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Un client regarde des armes de poing dans un commerce de New Hampshire, le 2 juin 2022. (PHOTO D'ILLUSTRATION)
Un client regarde des armes de poing dans un commerce de New Hampshire, le 2 juin 2022. (PHOTO D'ILLUSTRATION) — Ed JONES / AFP

Les Etats-Unis ne sont pas prêts à tourner le dos à leurs armes à feu. La Cour suprême a invalidé ce jeudi une loi de l’Etat de New York sur le port d’armes, consacrant au passage le droit des Américains à sortir armés de leur domicile.

Cette décision, prise à une majorité de six juges sur neuf, tous conservateurs, intervient alors que le pays est encore sous le choc d’une série de fusillades meurtrières dont l’une, le 24 mai, a fait 21 morts dans une école primaire du Texas.

Une avancée du côté du Sénat

Le Sénat américain a adopté jeudi soir un projet de loi soutenu par des élus des deux principaux partis censé lutter contre cette vague de violence armée, avec des restrictions sur l’accès aux armes à feu et des milliards de dollars pour financer les soins psychologiques et la sécurité dans les écoles.

Le projet, adopté par 65 voix – dont quinze républicains – contre 33 à la chambre haute et qui a toutes les chances d’être validé à la Chambre des représentants ce vendredi, reste très en deçà des mesures réclamées par le président démocrate Joe Biden, mais il constitue malgré tout une première depuis des décennies et une avancée pour les partisans de la limitation des armes à feu individuelles.

« Ce soir, le Sénat des Etats-Unis a fait quelque chose que beaucoup pensaient impossible il y a encore quelques semaines : nous avons adopté la première loi marquante en trente ans sur la sécurité liée aux armes à feu », a commenté Chuck Schumer, chef de la majorité au Sénat. Son homologue républicain Mitch McConnell a estimé que cette loi rendrait les Etats-Unis plus sûrs « sans que notre pays ne soit moins libre ».

« Une victoire » pour la NRA, un « jour sombre » pour New York

La NRA, le puissant lobby des armes, a salué une « victoire » après l’arrêt de la Cour suprême. « La NRA remporte une victoire ! », s’est exclamée la National Rifle Association sur Twitter, soulignant que la haute juridiction avait déclaré « inconstitutionnelles » les « restrictions » au port d’armes prévues par une loi de l’Etat de New York. « La Cour suprême a affirmé que le droit à porter des armes NE S’ARRETE PAS A LA PORTE DU DOMICILE », a-t-elle poursuivi.

En revanche, la gouverneure de New York a déploré un « jour sombre ». Il est « scandaleux, absolument scandaleux qu’ils aient supprimé nos droits à jouir de restrictions sensées » sur les armes à feu, a déclaré à des journalistes la cheffe de l’exécutif de l’un des Etats américains les plus stricts en termes de port d’armes à feu. « Je suis navrée que ce jour sombre soit advenu », a ajouté l’élue démocrate.

Joe Biden « profondément déçu »

Le président des Etats-Unis, Joe Biden, s’est déclaré « profondément déçu » par cette décision « contraire au bon sens ». Cet arrêt de la plus haute juridiction américaine, qui consacre le droit des Américains à sortir armés de leur domicile, « est contraire au bon sens et à la Constitution », a estimé dans un communiqué le président américain, qui « appelle tous les Américains (…) à faire entendre leur voix sur la sécurité des armes à feu. Des vies sont en jeu. »

Le maire de New York Eric Adams a dit jeudi redouter que l’arrêt de la Cour suprême qui consacre le droit des Américains à sortir armés de leur domicile ne vienne alimenter « une vague de violences par arme à feu ». « Nous allons coopérer pour juguler les risques créés par cette décision une fois mise en œuvre car nous ne pouvons pas laisser New York se transformer en Far West », a déclaré l’édile démocrate, un ancien policier qui a fait de la lutte contre la violence par arme à feu la colonne vertébrale de son mandat.

Des Etats américains vent debout

« Un jour sombre pour l’Amérique » : de Los Angeles à New York, des Etats démocrates, classés à gauche, sont vent debout contre cette décision de la Cour suprême à majorité conservatrice. Gavin Newsom, gouverneur de Californie, l’Etat le plus peuplé des Etats-Unis, a fustigé sur Twitter une décision « honteuse » et « dangereuse » : un arrêt de la plus haute juridiction américaine qui risque d'« encourager un programme idéologique radical » tout en restreignant « les droits des Etats à protéger leurs citoyens (du risque) d’être abattus dans la rue, à l’école, à l’église ».

Et l’élu démocrate entend durcir la législation californienne contre les armes à feu. Il a ainsi annoncé dans un communiqué qu’il signerait « la semaine prochaine 16 nouvelles lois sur la sécurité, dont l’une permettra aux concitoyens de porter plainte contre des fabricants et vendeurs d’armes à feu ».

Son homologue à la tête de l’Etat de New York (le quatrième plus peuplé avec 20 millions d’habitants), Kathy Hochul, a été la première jeudi matin à s’insurger contre une décision de la Cour suprême « absolument scandaleuse ». Elle aussi a déploré un « jour sombre » pour les tenants d’une législation plus stricte sur la possession et le port d’armes.

Outre la Californie et New York, dirigés par des démocrates, les Etats dits « liberal » (qu’on peut traduire par « classés à gauche » et « progressistes ») du Maryland, du Massachusetts, du New Jersey, d’Hawaï et du district de Columbia, c’est-à-dire la capitale Washington, exigent un tel permis de port d’armes.