Bulgarie : Le gouvernement renversé par une motion de censure mercredi

CONFLIT Le texte a été adopté par 123 des 240 députés

20 Minutes avec AFP
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Le Premier ministre bulgare Kiril Petkov.
Le Premier ministre bulgare Kiril Petkov. — Nikolay DOYCHINOV / AFP

Après six mois à peine, le voilà déjà chassé du pouvoir : le Premier ministre bulgare Kiril Petkov et son gouvernement ont été renversés mercredi par une motion de censure, sur fond de divergences accrues par la guerre en Ukraine. Le texte a été adopté par 123 des 240 députés, tandis que 116 ont voté contre, un étant par ailleurs absent, a annoncé le vice-président du Parlement Miroslav Ivanov.

Plane désormais le risque d’une spirale d’élections sur ce pays des Balkans de 6,5 millions d’habitants, le plus pauvre de l’Union européenne. Les Bulgares ont déjà vécu trois législatives l’an dernier. Jusqu’à la fracassante entrée en politique du libéral pro-européen Petkov, un diplômé de l’université Harvard décidé à faire table rase de la corruption après une décennie de règne du controversé Boïko Borissov.

« Il y a un tel peuple »

Mais la coalition hétéroclite formée en décembre s’est fissurée : début juin, elle a perdu le soutien du parti anti-système « Il y a un tel peuple » (ITP). Dans l’opposition, le Gerb, parti conservateur de Borissov, s’est engouffré dans la brèche et a déposé une motion, pointant « l’échec de la politique économique et financière du gouvernement », dans un contexte de flambée des prix.

« Cela a été un honneur pour moi de conduire un gouvernement renversé par Borissov, Peevski, Trifonov et Mitrofanova », a réagi Petkov, faisant référence, outre les leaders de l’opposition, à un oligarque bien connu et à l’ambassadrice russe à Sofia. « Ils ne comprennent pas que ce n’est pas la bonne manière pour gagner les faveurs du peuple bulgare », a-t-il ajouté, promettant de continuer la bataille.

Les dossiers de la discorde

Le Premier ministre était arrivé au pouvoir avec l’espoir de « transformer la Bulgarie en un pays européen normal, à succès, sans mafia », mais la guerre en Ukraine a bousculé son ordre du jour. Dans ce pays traditionnellement proche de Moscou, la guerre « a accentué les divisions, fragilisant le gouvernement », explique à l’AFP Rouslan Stefanov du Centre d’étude de la démocratie (CSD).

Malgré sa forte dépendance à l’énergie russe, Sofia n’a pas cédé à la demande du Kremlin d’ouvrir un compte en roubles pour le paiement du gaz et a donc subi une coupure des livraisons. Cet événement sans précédent a joué « un rôle-clé dans la crise actuelle », estime Ognyan Mintchev, directeur de l’Institut d’études internationales de la capitale.

« Les oligarques bulgares qui touchaient des commissions » se sont retrouvés privés de revenus, « ce qui a aggravé les tensions au sein de la coalition ainsi qu’entre les cercles d’affaires et le gouvernement », dit-il à l’AFP. « L’ingérence russe est importante en Bulgarie, de nombreux milieux y sont sensibles », ajoute le politologue Yavor Siderov, évoquant « des tentatives incessantes de déstabilisation par la diffusion de fausses informations » .

Un autre dossier a semé la zizanie : la livraison d’armes à l’Ukraine. Au sein du gouvernement, si la plupart y étaient favorables, les socialistes ont refusé pour leur part de répondre aux demandes de Kiev. Source de discorde également, le veto bulgare au lancement de négociations d’adhésion de la Macédoine du Nord à l’UE, pour des raisons de contentieux historiques et culturels.