Procès Stern: du sang, du sexe, de l'argent et du latex

JUSTICE La Cour d'assises de Genève juge du 10 au 19 juin Cécile Brossard pour le meurtre du riche banquier Edouard Stern, retrouvé mort en 2005 dans des circonstances troubles...

J.M. avec agence

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Photo non datée d'Edouard Stern, banquier français retrouvé mort à Genève en 2005 dans une combinaison de latex.
Photo non datée d'Edouard Stern, banquier français retrouvé mort à Genève en 2005 dans une combinaison de latex. — BOISSAY/NECO/SIPA

L'accusée, comme la victime, est française. Son procès s'ouvre en Suisse, mais son retentissement est international. La Cour d'assises de Genève a 10 jours à compter de mercredi pour déterminer si et surtout pourquoi Cécile Brossard a tué son amant Edouard Stern, prince de la finance dont le corps entravé de liens et moulé dans une combinaison de latex avec cagoule assortie a été retrouvé criblé de quatre balles, le 28 février 2005, dans son appartement genevois.

Arrêtée quinze jours après le meurtre alors qu'elle tentait de fuir en Australie, Cécile Brossard, alors âgée de 36 ans passe aux aveux. Quatre ans plus tard, elle n'est pas revenue sur ses déclarations, et les enquêteurs ont abandonné une à une les pistes menant au milieu des affaires, à la mafia russe ou à la proximité avec le pouvoir d'Edouard Stern.

Business, mafia et pouvoir

Pourtant la personnalité du banquier, 38e fortune de France et familier du gotha, dont Nicolas Sarkozy ou Laurent Fabius, alliée aux circonstances troubles de sa mort, a alimenté de nombreuses rumeurs. L'affaire a même inspiré deux livres et des théories parfois très imaginatives faisant de Cécile Brossard le bras armé de complots politico-financiers.

Au centre de celles-ci, les investissements parfois hasardeux d'Edouard Stern. En Russie, mais aussi en France, avec Rhodia, entreprise dans laquelle le banquier a perdu des millions et dont Thierry Breton, qui deviendra par la suite ministre des Finances, fut l'un des responsables. Egalement évoquées, les affaires Elf ou Clearstream n'ont finalement pas été retenues parmi les pistes.

Pour Pascal Maurer, avocat de Cécile Brossard, il s'agit d'un crime passionnel, perpétré par une femme humiliée et harcelée «jusqu'à sa dégradation morale, jusqu'à sa dégradation physique» par la victime, décrit comme un manipulateur sans scrupules et un prédateur sexuel. Selon Alec Reymond, autre défenseur de l'accusée, «des images très gravement déviantes qu'Edouard Stern avait téléchargées sur son ordinateur» laissent penser qu'il «n'a pas été la malheureuse victime manipulée d'une dérive sexuelle incontrôlée».

«Un million de dollars, c'est cher payé pour une pute»

Un tableau bien éloigné de celui brossé par Marc Bonnant, avocat de la famille Stern, qui affirme que Cécile Brossard est une femme rusée et cupide, une «cocotte» entretenue qui a tué son amant par dépit et par intérêt. Pour lui, l'accusée avait «attisé les fantasmes d'un homme de 50 ans», tombé dans la dépendance «d'une petite blonde de banlieue à la sexualité déviante». Pour ce ténor du barreau, c'est le versement d'un million de dollars sur le compte de sa maîtresse par le banquier avant qu'il ne se ravise et ne le fasse bloquer, qui est l'élément déclencheur du drame.

«Un million de dollars, c'est cher payé pour une pute», aurait lancé Edouard Stern peu avant d'être tué, selon des déclarations de l'accusée, rapportées par ses avocats. Ce sont ces mots qui l'ont poussée à empoigner l'arme qui était à portée de main dans la chambre, a-t-elle affirmé. D'ici au 19 juin, la Cour devra dire si elle retient la notion de crime passionnel, passible d'une peine maximale de dix ans de prison, ou celle de meurtre, passible du double, la préméditation n'ayant pas été retenue par l'accusation.