Assaut du Capitole : Donald Trump impliqué dans le « complot des faux électeurs », selon le comité

AUDITIONS Des responsables républicains ont raconté les pressions exercées par l'ex-président américain pour invalider les résultats de l'élection

P.B. avec AFP
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Donald Trump au téléphone dans le bureau ovale de la Maison Blanche.
Donald Trump au téléphone dans le bureau ovale de la Maison Blanche. — MAISON BLANCHE

Pressions, intimidations, menaces… Des responsables républicains et des anonymes ont raconté, mardi, les méthodes de Donald Trump et ses avocats pour tenter de le convaincre de renverser le résultat de la présidentielle américaine de novembre 2020. Et un des membres du comité parlementaire qui enquête sur l’assaut du Capitole a assuré que l’ex-président américain avait directement participé au « complot des faux électeurs », qui visait à faire envoyer au Congrès une liste de grands électeurs alternatifs pour les Etats contestés.

La patronne du parti républicain, Ronna McDaniel, a affirmé lors d’une précédente audition devant le comité que c’est Donald Trump lui-même qui l’avait appelée et lui avait passé l’avocat John Eastman, pour la convaincre de soutenir ces électeurs alternatifs n’ayant pourtant aucune valeur légale – car n’ayant pas été certifiés par les législatures des Etats en question. Selon elle, Donald Trump s’est « coordonné » avec le parti républicain.

Cette possible implication du locataire de la Maison Blanche a de l’importance car elle pourrait être invoquée par le comité, s’il décidait de recommander des charges au pénal contre Donald Trump. C’est toutefois au ministère de la Justice de Joe Biden qu’il appartiendrait de trancher sur une éventuelle inculpation.

« Des théories mais pas de preuve »

Le milliardaire républicain justifiait ses demandes par sa conviction que l’élection lui avait été « volée » en répétant des accusations de fraudes, dont il n’a jamais apporté la preuve et qui ont été balayées par les tribunaux. Les affirmations de Trump sur sa victoire en Arizona étaient « fausses », a assuré Rusty Bowers, président de la chambre des représentants de cet Etat, devant la commission d’enquête sur cette attaque à Washington.

« Quiconque dirait, n’importe où et n’importe quand, que j’ai dit que l’élection était truquée, ce ne serait pas vrai », a ajouté l’élu. Il a également qualifié de « fausses » les allégations de l’avocat de l’ex-président, Rudy Giuliani, évoquant des « centaines de milliers d’immigrants illégaux et de milliers de morts qui avaient voté » pour Joe Biden.

Malgré plusieurs demandes, Bower a dit n’avoir « jamais » vu les preuves de ces allégations, évoquant une conversation avec l’ancien maire de New York. « Il a dit : + nous avons beaucoup de théories, nous n’avons pas de preuves +. Et je ne sais pas si c’était une gaffe ».

Rusty Bowers a refusé de convoquer l’assemblée locale pour invalider le scrutin, puis de remplacer les grands électeurs élus, chargés de certifier le résultat du vote, par des partisans de Donald Trump. Il a alors été inondé de « plus de 20.000 e-mails et des dizaines de milliers d’appels téléphoniques et de textos » alors que des manifestants, parfois menaçants, se rassemblaient devant son domicile pour l’insulter, a-t-il raconté, les larmes aux yeux, évoquant sa fille malade, qui est décédée quelques semaines plus tard.

Coup de fil au secrétaire d’Etat de Géorgie

L’équipe juridique de Trump a pourtant poursuivi son plan. Des partisans du milliardaire, choisis comme des grands électeurs parallèles dans les Etats clés remportés par Joe Biden, avaient renversé le résultat du scrutin au moyen de fausses attestations. Mais le vice-président Mike Pence, qui présidait le vote, avait résisté aux pressions de la Maison Blanche pour déclarer Donald Trump vainqueur. « J’ai juste pensé que c’était une parodie tragique », a commenté Rusty Bowers, qui avait voté pour le milliardaire en 2016 et le soutenait en 2020.

Brad Raffensperger, le secrétaire d’Etat de Géorgie, avait pour sa part reçu un appel téléphonique de Donald Trump lors duquel le président lui avait demandé de « trouver » près de 12.000 bulletins de vote à son nom, suffisant pour battre Joe Biden dans cet Etat du Sud contrôlé par les républicains.

Il avait là encore évoqué des fraudes électorales et des bourrages d’urnes, des accusations rejetées par les tribunaux. Mais Brad Raffensperger n’avait pas cédé. « Les chiffres sont les chiffres et nous ne pouvions pas recompter (les votes) parce que nous nous étions assurés d’avoir vérifié chaque allégation », a-t-il dit mardi devant la commission.

« Il n’y avait aucun bulletin à trouver, le compte était exact et il a été certifié », a-t-il souligné. Il a également été la cible de harcèlement et de menaces, comme Shaye Moss, simple agente électorale d’Atlanta qui avait participé au dépouillement des bulletins le soir de l’élection avec sa mère.

Donald Trump les avait accusés nommément d’être des « arnaqueuses professionnelles ». « Cela a bouleversé ma vie », a-t-elle dit mardi, racontant avoir reçu des messages racistes et des menaces de mort.

La cinquième audition de la commission aura lieu jeudi, et se penchera sur les efforts du président pour faire pression sur le ministère de la Justice afin de rester au pouvoir. Donald Trump, qui n’a jamais concédé sa défaite à la présidentielle, a dénoncé mardi sur les réseaux sociaux des « voyous politiques qui ont criminalisé la justice à un niveau jamais vu auparavant dans notre pays ».