Otan : L'espoir d'une adhésion rapide s'éloigne pour la Suède et la Finlande

BLOCAGES Ankara bloque l’ouverture des négociations d’adhésion des deux pays nordiques

20 Minutes avec AFP
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Le Conseil de l'Atlantique Nord lors d'une réunion des ministres de la défense de l'OTAN au siège de l'OTAN à Bruxelles, le jeudi 16 juin 2022.
Le Conseil de l'Atlantique Nord lors d'une réunion des ministres de la défense de l'OTAN au siège de l'OTAN à Bruxelles, le jeudi 16 juin 2022. — Olivier Matthys/AP/SIPA

Malgré des pourparlers « constructifs » et des « progrès » avec la Turquie ce lundi, un déblocage rapide des candidatures de la Suède et de la Finlande à l’Otan s’annonce compliqué à une semaine d’un sommet de l’alliance à Madrid.

Le rassemblement prévu dans la capitale espagnole du 28 au 30 juin n’est pas une « date limite » pour décider des candidatures de la Suède et de la Finlande à l’alliance atlantique, a affirmé la Turquie, qui bloque l’ouverture des négociations d’adhésion des deux pays nordiques.

« Des progrès évidents »

« Les pourparlers vont continuer. La suite dépend des pas qu’ils vont effectuer », a affirmé le porte-parole de la présidence turque Ibrahim Kalin à l’issue d’une rencontre à Bruxelles avec les représentants de la Suède et de la Finlande. Le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg a lui qualifié les échanges de « constructifs ».

« La Turquie a des préoccupations de sécurité légitimes concernant le terrorisme, auxquelles nous devons répondre. Nous allons donc poursuivre nos discussions (…) et je suis impatient de trouver une solution dès que possible », a-t-il déclaré dans un communiqué. Côté finlandais, la présidence s’est félicitée « des progrès évidents » sur certaines questions. « L’objectif commun est de poursuivre la discussion dès que possible », selon Helsinki.

« Préparés à ce que cela prenne du temps »

Avant leur décision historique de demander à rejoindre l’Otan, la Suède et la Finlande – ainsi que le siège otanien à Bruxelles – tablaient sur un processus express d’adhésion, avec l’espoir que l’unanimité nécessaire des 30 membres actuels soit affichée dès la réunion madrilène. Mais après le blocage turc, les deux nations reconnaissent que la donne a changé.

« Nous sommes préparés à ce que cela prenne du temps », a déclaré lundi à la presse suédoise la ministre des Affaires étrangères suédoise Ann Linde depuis le Luxembourg. L’Allemagne a toutefois minimisé lundi les conséquences d’un retard « de quelques semaines », estimant qu’il n’y aurait pas de « difficultés insurmontables » pour lever le blocage.

Les exigences de la Turquie

« Etant donné la dimension historique » des candidatures de la Suède et de la Finlande, « ce ne serait pas une catastrophe si nous avions besoin de quelques semaines supplémentaires » pour parvenir à un compromis, a déclaré une source gouvernementale allemande. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a réclamé mercredi dernier « des mesures concrètes » des deux capitales nordiques, Ankara demandant des engagements écrits.

La Turquie accuse les deux pays – principalement la Suède – de soutenir des groupes kurdes comme le PKK et l’YPG, qu’elle considère tous deux comme « terroristes ». Elle exige aussi la levée des blocages d’exportations d’armes décidés par les deux pays nordiques après l’intervention militaire turque dans le nord de la Syrie en octobre 2019, le durcissement de la législation antiterroriste suédoise et l’extradition de plusieurs personnes qu’elle qualifie de « terroristes ».

La question épineuse des Kurdes

La Suède a été un des premiers pays à classer le PKK comme « organisation terroriste » dès les années 1980. Mais comme de nombreux pays occidentaux, elle a exprimé son soutien aux YPG, alliés du PKK en Syrie qui ont combattu les djihadistes du groupe Etat islamique au côté notamment des Etats-Unis.

Stockholm a déjà fait quelques gestes, en soulignant notamment que l’entrée dans l’Otan pourrait changer la position de son autorité chargée des exportations d’armes concernant la Turquie. La Suède a aussi durci sa législation antiterroriste ces dernières années et un nouveau tour de vis doit entrer en vigueur le 1er juillet, a souligné la semaine dernière la Première ministre Magdalena Andersson.

Une députée clef

Mais « il y a un réel conflit entre la vision de la Suède sur la question kurde et les exigences turques envers la Suède », souligne Li Bennich-Björkman, professeure en sciences politiques à l’université d’Uppsala. Ce dilemme se manifeste de façon très visible dans le rôle joué ces dernières semaines par la députée suédoise d’origine irano-kurde Amineh Kakabaveh, opposée à toute concession au président Erdogan.

Du fait des équilibres très précaires au Parlement suédois, sa voix est essentielle pour assurer le soutien au gouvernement social-démocrate minoritaire de Magdalena Andersson. La députée a menacé de ne pas soutenir le budget du gouvernement mercredi, en demandant une promesse claire d’embargo sur les exportations d’armes vers la Turquie. Le rôle de cette députée pourrait toutefois s’amenuiser avec les congés du Parlement et surtout après les élections du 11 septembre.