Liban: le Hezbollah plombé par la défaite de Aoun

LEGISLATIVES Contre toute attente la majorité sortante remporte les élections...

De notre correspondant au Liban, David Hury

— 

Supporters de Saad Hariri, dont le parti est l'un des vainqueurs des législatives au Liban du 7 juin 2009.
Supporters de Saad Hariri, dont le parti est l'un des vainqueurs des législatives au Liban du 7 juin 2009. — REUTERS

Les partis d'opposition du chrétien Michel Aoun et des chiites du Hezbollah avaient tout à gagner et tout à perdre, dimanche lors de élections législatives particulièrement suivies. Le chef du Courant patriotique libre (CPL) pensait constituer le plus gros groupe parlementaire de l’histoire du Liban et ainsi remplacer la majorité sortante dominée par les sunnites de Saad Hariri, le Hezbollah ayant laissé le soin à son partenaire chrétien de mener la bataille. Mauvais calcul, les résultats sont tombés très tard dans la soirée: la majorité sortante remporte les législatives, avec 71 sièges sur 128 au Parlement.

>> Pour comprendre les enjeux de cette élection, c'est par ici.

Vers 23h dimanche soir, cette tendance se dessinait déjà, dans l’une des 3 circonscriptions de Beyrouth. A Achrafieh, chrétiens pro-majorité et chrétiens pro-Aoun allaient enfin se départager, après 4 années de doute, de blocage et d’intox. «5-0!, se réjouissait cette nuit une grande patronne de presse, présente au QG de campagne du candidat grec-catholique Michel Pharaon. La liste du 14 Mars a remporté les 5 sièges de la circonscription alors que l’issue était très incertaine.»

Dans la salle souterraine du QG de campagne, les résultats tombent les uns après les autres sur l’écran géant. Plusieurs bastions du Courant patriotique libre tombent dans la nuit, comme la principale ville chrétienne de la plaine de la Bekaa, Zahlé. D’autres fiefs aounistes tiennent, comme le Kesrouan – où Aoun se présentait en personne – et Byblos, d’un cheveu. Mais pour les supporters de la majorité, l’essentiel est assuré à leurs yeux: Aoun a perdu son pari, celui de réunir 70% des voix chrétiennes comme il l’avait fait aux législatives de 2005.

Les négociations s'annoncent âpres

Maintenant, le plus dur reste à faire pour cette majorité reconduite. Durant la campagne électorale, ses ténors comme Saad Hariri ou Samir Geagea s’étaient prononcés pour une nouvelle donne dans la gestion politique du pays, avec une majorité qui gouverne et une opposition qui s’oppose, prenant le contre-pied du système actuel de gouvernement consensuel. Selon le pacte national libanais hérité de 1943, chaque gouvernement doit intégrer toutes les confessions du pays. Les deux partis chiites, le Hezbollah et Amal, détiennent là une carte majeure dans les négociations des prochains jours: aucun gouvernement consensuel ne pourra être formé sans eux.

En novembre 2006, quand les ministres chiites avaient démissionné du gouvernement, le Liban s’était retrouvé totalement paralysé pendant 18 mois. Dix-mois pour aboutir à une épreuve de force du Hezbollah en mai 2008: le parti de Hassan Nasrallah avait alors obtenu le tiers de blocage au gouvernement qu’il réclamait à cor et à cri. Aujourd’hui, la donne est différente. Mais la majorité – si elle affiche clairement ses intentions de gouverner seule – ne pourra peut-être pas conserver longtemps cette posture. Une chose est sûre: les négociations vont être âpres ces prochains jours.

Pour suivre l'actualité libanaise, rendez-vous sur le blog de notre correspondant, Chroniques Beyrouthines.