Mali : L’armée française quitte Ménaka, avant-dernière étape du départ de Barkhane

DEFENSE Les militaires français quitteront le Mali pour de bon « à la fin de l’été » avec le transfert aux forces armées maliennes de leur principale emprise de Gao

Marion Pignot
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Barkhane
Barkhane — Jerome Delay/AP/SIPA

L’armée française va officiellement quitter la base militaire de Ménaka, située dans le nord-est du Mali, et en remettre les clés ce lundi aux forces armées maliennes (FAMa), a indiqué l’état-major français. Les militaires français quitteront le Mali pour de bon « à la fin de l’été » avec le transfert aux FAMa de leur principale emprise de Gao, a souligné le porte-parole de l’état-major, le général Pascal Ianni, lors d’un point presse.

Barkhane au Sahel, la plus grosse opération extérieure actuelle de la France, a mobilisé jusqu’à 5.500 hommes sur le terrain en 2020. Paris avait décidé de réduire la voilure l’été dernier, fermant ses bases militaires avancées les plus au nord du Mali – Kidal, Tessalit et Tombouctou.

L’armée française « très vigilante aux attaques informationnelles »

Ouverte en 2018, la base de Ménaka, dans la région dite des trois frontières, aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso, hébergeait notamment le groupement de forces spéciales françaises et européennes Takuba, qui avait pour but d’aider les forces maliennes à gagner en autonomie. Son PC est maintenu à Gao, avant sa disparition. « Il n’est pas envisagé de transférer Takuba au Niger », a précisé l’état-major.

Les rapports entre la junte au pouvoir à Bamako et Paris, ancienne puissance coloniale, se sont brutalement dégradés ces derniers mois, en particulier depuis l’arrivée au Mali de paramilitaires du groupe russe Wagner, poussant les deux pays à la rupture après neuf ans de présence française ininterrompue pour lutter contre les djihadistes. Au lendemain de la précédente rétrocession d’une base française, en avril à Gossi, l’état-major français avait diffusé des vidéos tournées par un drone à proximité de cette emprise montrant des paramilitaires de la société russe Wagner en train d’enterrer des corps en vue de faire accuser la France de crimes de guerre.

Ainsi, avant la rétrocession de Ménaka, l’armée française a été « très vigilante aux attaques informationnelles », soupçonnant de possibles manœuvres pour nuire à son image notamment via l’organisation de manifestations anti-françaises, ou d’accusations de collusion entre Barkhane et les djihadistes, qui ont déjà transpiré sur les réseaux sociaux.

« La capacité à organiser une réponse efficace est limitée »

« Depuis le début de cette année, nous avons constaté une détérioration de la zone des trois frontières avec des effets conséquents sur les régions de Ménaka et de Gao », a précisé El-Ghassim Wane, émissaire de l’ONU pour ce pays au Conseil de sécurité, assurant craindre une attaque djihadiste pourrait intervenir contre la ville de Ménaka.


« Si ce scénario devait se concrétiser, la base de la Minusma risque d’être perçue comme le dernier refuge pour les civils fuyant la violence, a-t-il encore estimé. Avec un minimum de forces maliennes dans la région et quelque 600 soldats de la paix disponibles pour protéger les civils, le personnel et les biens de l’ONU, la capacité de la Minusma à organiser une réponse efficace est limitée. »