Liban: 5 questions sur des législatives cruciales

PROCHE-ORIENT Les Libanais sont appelés aux urnes dimanche pour renouveler leur Parlement.

De notre correspondant au Liban, David Hury

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A Beyrouth, affiches électorales pour les élections législatives du 7 juin au Liban.
A Beyrouth, affiches électorales pour les élections législatives du 7 juin au Liban. — JAMAL SAIDI / REUTERS
1.    Quelles sont les forces en présence?
Même réunies au sein d’un gouvernement d’union nationale depuis mai 2008, la majorité et l’opposition parlementaires se sont livrées une bataille féroce en vue du scrutin législatif du 7 juin. La majorité sortante – dite du 14 Mars – réunit les sunnites du clan Hariri, différentes formations chrétiennes comme les Forces libanaises de Samir Geagea ou les Kataëb de la famille Gemayel, ainsi que les druzes du Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt. De l’autre côté, l’opposition est menée par deux partis chiites, le Hezbollah et Amal, et par le Courant patriotique libre de l’ex-général chrétien Michel Aoun. Habituellement, la majorité est présentée comme soutenue par les capitales occidentales et l’Arabie saoudite; l’opposition par l’Iran et le Syrie, même si les choses sont un peu plus nuancées que cela. Pour l’instant, en termes d’intention de vote, c’est du 50-50.

Pour suivre les dernières heures de la campagne électorale libanaise et le vote de dimanche, rendez-vous sur le blog de notre correspondant, Chroniques Beyrouthines.

2.    Quelles sont les règles du jeu électoral?
Le Parlement libanais est composé de 128 députés: 64 chrétiens, 64 musulmans. Chaque camp est libre de présenter des listes dans toutes les circonscriptions, même si ce n’est pas toujours le cas, comme dans celle de Baalbeck-Hermel où seule l’opposition sera représentée. «Le jour de l’élection, les électeurs glissent dans l’urne une liste sur laquelle ils peuvent rajouter des noms, en rayer, et composer leur propre liste, explique Tony Chemaly, maire de la commune de Daroun-Harissa. C’est l’une des spécificités de notre système, ce qui induit un dépouillement extrêmement long.» Les résultats devraient tomber au petit matin, lundi 8, et être officialisés en milieu de journée.

3.    Où se jouera le résultat final?
Les votes chiites et sunnites étant quasiment monolithiques – le premier pour le duopole Hezbollah-Amal, le second pour Hariri –, tout se jouera dans les circonscriptions à majorité chrétienne. Là, le général Aoun espère rééditer ses très bons scores de 2005, où il avait ravi 70% du vote chrétien. La majorité a donc lancé toutes ses forces dans ces zones. Mais les sièges de députés attribués ici feront pencher la balance dans un sens ou dans l’autre dans le prochain Parlement.
Une chose est sûre: cette campagne électorale aura été la plus onéreuse de l’histoire du pays, avec une estimation avoisinant 2 milliards de dollars. Même si des observateurs internationaux seront présents partout dans le pays, les fraudes auront eu lieu en amont, avec de massifs achats de voix et même, nouveauté dans le système, des billets d’avion offerts pour les Libanais de l’étranger, «invités» à venir voter pour les candidats qui auront sorti le carnet de chèques.

4.    Quelle incidence sur le Proche-Orient?
Le futur équilibre politique libanais est essentiel sur l’échiquier régional. Via leurs alliés respectifs, l’Arabie saoudite, l’Egypte, l’Iran et la Syrie poursuivent leur lutte d’influence car l’avènement possible d’une majorité contrôlée par le Hezbollah reste le véritable enjeu. Téhéran espère compter un appui supplémentaire, parallèlement au Hamas à Gaza, tandis que Tel-Aviv suit de près ce qui se passe au Liban. Le ministre de la Défense israélien, Ehud Barak, affirme que «la victoire du Hezbollah aux législatives nous accordera une liberté d'action que nous n'avions pas en juillet 2006». Cette possible configuration politique n’engagerait pas le Liban sur une voie pacifique ou stable. Mais l’inscrirait encore davantage dans ce rôle de «soupape» de la région qui lui a été dévolu depuis plus de 30 ans.

5.    Comment la diplomatie française aborde-t-elle le futur résultat?
Avec une grande prudence. Même si le Quai d’Orsay affirme rester neutre et respecter le choix des Libanais quel qu’il soit, Paris préfèrerait une victoire de la majorité sortante, ou tout du moins un résultat reconduisant le statu quo actuel. «Si l’opposition remporte l’élection, nous observerons avec attention ses projets politiques et économiques, note un diplomate à Beyrouth. Mais le plus important, ce sera le respect des résolutions de l’ONU, comme la 1559 sur le désarmement des milices et la 1701 sur la cessation des hostilités avec Israël.»