Attaque du Capitole : « Une tentative de coup d’Etat »… Une enquête parlementaire aux faux airs de 3e impeachment de Donald Trump

COMPTE RENDU Le comité de la Chambre sur le 6 janvier 2021 a mené sa première audition publique, jeudi, assurant que l'ex-président américain avait été a cœur d'un «complot» visant à renverser l'élection

Philippe Berry
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La commission d'enquête parlementaire sur l'assaut du Capitole est présidée par le démocrate Bennie Thompson, avec la républicaine Liz Cheney comme numéro 2.
La commission d'enquête parlementaire sur l'assaut du Capitole est présidée par le démocrate Bennie Thompson, avec la républicaine Liz Cheney comme numéro 2. — CNP/NEWSCOM/SIPA

De notre correspondant aux Etats-Unis,

1.000 témoins interrogés, 140.000 documents examinés, et au final, comme un air de déjà-vu. 18 mois après un assaut du Capitole qui a choqué le monde et fait vaciller la démocratie américaine, la commission d’enquête parlementaire a commencé de présenter ses conclusions en prime time, jeudi soir. Lors de la première audience publique sur six prévues d’ici fin juin, les sept démocrates et deux républicains de la Chambre ont accusé Donald Trump d’avoir été « au cœur d’un complot » visant à renverser le verdict des urnes. Avec une attaque, le 6 janvier 2021, qui a représenté la « culmination d’une tentative de coup d’Etat ». Reste à voir si ce qui ressemble beaucoup à une répétition du 2nd impeachment de l’ex-président américain conduira à la recommandation de charges pénales. Un scénario qui obligerait le ministère de la Justice de Joe Biden à décider s’il y a matière à inculper et poursuivre Donald Trump. En attendant, voici les principaux enseignements de cette première journée.


Donald Trump savait sans doute qu’il avait perdu

En deux heures calibrées pour la télévision, le comité a diffusé de nombreux extraits d’auditions de proches de Donald Trump. L’ex-ministre de la justice Bill Barr a dit à l’ancien président que les accusations de fraude étaient « bullshit », et Ivanka Trump a même concédé avoir été « convaincue » par Barr. Selon Jason Miller, ancien conseiller de Trump, le Mr data de la campagne a averti Donald Trump quelques jours après l’élection « en des termes très directs » qu’il allait perdre. Et un des avocats de sa campagne, Alex Cannon, a confié au chef de cabinet Mark Meadows qu’il n’y avait « rien de suffisant » pour changer les résultats dès la mi-novembre. Ce qui n’a pas empêché Donald Trump de crier à la fraude puis de faire pression sur des élus, des responsables puis Mike Pence pour court-circuiter la confirmation des résultats.

Une attaque sur le Capitole préméditée

C’est désormais une évidence : le groupe d’extrême droite Proud Boys et la milice paramilitaire Oathkeepers ont minutieusement préparé deux semaines à l’avance leur attaque sur le Capitole – une vingtaine de membres ont d’ailleurs été inculpés pour « conspiration séditieuse ». Selon de nouvelles images, environ 300 membres des Proud Boys se sont positionnés à proximité du Capitole plus de deux heures avant l’appel de Donald Trump à marcher vers le Congrès. Reste une question pour l’instant sans réponse : l’ex-locataire de la Maison Blanche était-il au courant de leurs projets, et certains de ses proches comme Roger Stone, qui a été en contact régulier avec les Proud Boys, ou Steve Bannon, qui avait promis un « enfer » le 5 janvier, se sont-ils coordonnés avec eux.

Trump aux abonnés absents pendant l’assaut

Qu’a fait Donald Trump alors que ses supporteurs déferlaient sur le Capitole pendant plus de trois heures ? Selon Liz Cheney, on sait ce qu’il n’a pas fait : « Il n’a pas mobilisé la garde nationale et n’a pas tenté de travailler avec le ministère de la Justice pour coordonner la réponse des forces de l’ordre. » Le général Milley, chef d’état-major des armées, a témoigné que c’est le vice-président Mike Pence qui a demandé que la garde nationale soit envoyée.

De nouvelles images du chaos


« Je glissais sur le sang des gens », « c’était un carnage, c’était le chaos », a témoigné la policière du Capitole Caroline Edwards, la première à avoir été sérieusement blessée. Le comité a montré un clip chronologique de 10 minutes incluant de nombreuses images inédites. Avec, en parallèle, un montage de Donald Trump qualifiant ses manifestants de « pacifiques » et assurant qu’il y a « de l’amour dans l’air ». Jeudi, l’ancien président américain avait d’ailleurs assuré que le 6 janvier représentait « l’un des plus grands mouvements de l’Histoire pour rendre à l’Amérique sa grandeur ».