au Caire, Obama prêche pour la réconciliation

Sophie Cois

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Pour commencer son discours au monde musulman, Barack Obama

a fait un choix très symbolique : « Salam Aleikoum », en français « que la paix soit sur vous ». Pendant près d'une heure à l'université du Caire (Egypte), le président américain s'est employé à réconcilier 1,5 milliard de musulmans avec les Etats-Unis, rompant avec la défiance qui régnait sous l'ère Bush. « Ce cycle de méfiance et de discorde doit s'achever », a-t-il déclaré. Abordant point par point les sources de tensions, et mettant en avant son expérience personnelle - son père était musulman et il a dit avoir connu l'Islam sur trois continents -, Barack Obama a voulu s'expliquer et annoncer ses projets pour le Moyen-Orient.

En préambule, il a tenu à rappeler que « l'Amérique n'est pas, et ne sera jamais, en guerre contre l'Islam », mais contre toute forme « d'extrémisme violent ». Il a ensuite réaffirmé l'engagement des Etats-Unis en Afghanistan et au Pakistan, excluant tout retrait des troupes américaines. Sur l'Irak, Barack Obama a réitéré sa promesse d'un retrait total d'ici à 2012 et expliqué vouloir faire du pays un « partenaire des Etats-Unis ». Concernant l'épineux problème de la paix au Proche-Orient, Barack Obama a d'abord réaffirmé « les liens inébranlables » entre les Etats-Unis et Israël, avant de redemander l'arrêt de la colonisation en Cisjordanie « qui viole les accords passés et nuit aux efforts de paix ».

Il a également appelé les Palestiniens et le Hamas, le mouvement islamiste qui contrôle la bande de Gaza, à « renoncer à la violence ». Pas de calendrier précis, mais « Obama n'allait pas au Caire pour annoncer un plan de paix », analyse Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po. Sur l'Iran, Barack Obama s'est dit prêt à « aller de l'avant sans conditions préalables », et a parlé d'un « tournant décisif [...]. Il s'agit d'empêcher une course aux armements nucléaires au Moyen-Orient, qui pourrait mener cette région et le monde sur une voie extrêmement dangereuse. » L'Etat hébreu a réagi en espérant « une nouvelle réconciliation entre le monde arabo-musulman et Israël ». Le Hamas a relevé de son côté un « changement tangible », mais évoqué des « contradictions » dans le discours du président américain. Le Hezbollah libanais (soutenu par l'Iran et la Syrie) a quant à lui affirmé que ce discours ne contenait « aucun changement réel » dans la politique régionale des Etats-Unis.

« Ce qui est important, c'est qu'Obama prend date, il prend un engagement personnel qui le lie car il place le dossier du Moyen-Orient au coeur de son premier mandat », explique Jean-Pierre Filiu. « Obama contribue à faire quelque chose d'énorme : faire tomber le mythe du clash des civilisations », estime Nadia Khouri-Dagher, auteur de L'Islam moderne. Des musulmans contre l'intégrisme (éd. Hugo & Cie). Le monde musulman attend maintenant que le président américain joigne les actes à la parole. W