Le Hezbollah au coeur de Législatives serrées

Pierre Boisselet

— 

Dimanche, plus de 3,2 millions de Libanais seront appelés à voter

lors d'élections législatives cruciales

pour l'avenir du pays, après quatre ans d'instabilité politique. Le bloc du 8 Mars, dont font partie le Hezbollah chiite et le parti du chrétien Michel Aoun, sera opposé à la majorité sortante antisyrienne, dirigée par Saad Hariri. Cette élection sous haute surveillance promet d'être très serrée, ce qui suscite des craintes au sein de la communauté internationale.

Les Etats-Unis craignent que le Hezbollah (considéré par Washington comme une organisation terroriste) ne remporte les élections, ce qui pourrait se traduire par un rapprochement du Liban avec la Syrie et l'Iran, alliés du Hezbollah. Le vice-président américain, Joe Biden, a averti les Libanais le 22 mai dernier : « Les Etats-Unis détermineront leur programme d'aide [civile et militaire] en fonction de la composition et des politiques du [prochain] gouvernement. » Israël, voisin du Liban, redoute pour sa part de voir un poste avancé de son ennemi iranien s'installer à sa frontière en cas de victoire du Hezbollah. Une perspective qui inquiète également l'Arabie saoudite et l'Egypte, décidées à contrer l'influence iranienne.

Pour Joseph Bahout, politologue rattaché à Sciences-Po Paris, ces discours sont alarmistes : « Le Liban ne va pas devenir une république islamiste du jour au lendemain, assure-t-il depuis Beyrouth. Ce qui va sortir de ces élections, c'est probablement un gouvernement d'union nationale, peut-être aux conditions du Hezbollah, mais avec des ministres de tous les grands partis, comme dans le gouvernement actuel. D'ailleurs, ici, même si l'ambiance est tendue, les partisans de la majorité ne sont pas très inquiets. » Le directeur de la revue Les Cahiers de l'Orient, Antoine Sfeir, va plus loin : « Si l'alliance dirigée par le Hezbollah gagne, ce sera un cadeau empoisonné pour lui. C'est un parti qui a bâti sa popularité sur le mécontentement et qui se retrouverait au pouvoir sans être capable de changer les choses. » W