Armes à feu aux Etats-Unis : « J’ai étalé son sang sur moi »… Une fillette rescapée d’Uvalde implore le Congrès d’agir

VIDEO Les élus américains, qui tentent de trouver un compromis sur une réforme, ont fait face mercredi à l'horreur des témoignages des tueries d'Uvalde et de Buffalo

Philippe Berry
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Armes à feu aux Etats-Unis: «J'ai étalé son sang sur moi»... Une fillette rescapée d'Uvalde implore le Congrès d'agir — 20 Minutes

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Le témoignage d’une fillette aussi jeune devant le Congrès américain est rarissime. Mais Miah Cerrillo, 10 ans, a voulu raconter son histoire aux élus et à l’Amérique. Celle d’une élève de CM1 de l’école Robb elementary d’Uvalde, au Texas, dont le destin a basculé le 24 mai dernier quand un tireur a fait irruption dans l’établissement, abattant 19 élèves et deux enseignants avec un fusil semi-automatique AR-15.

Dans un témoignage vidéo préenregistré, Miah a raconté comment son institutrice a verrouillé la porte quand le tireur est arrivé dans le couloir, disant à tous les enfants de se cacher. Mais Salvador Ramos, 18 ans, a pu rentrer dans la classe voisine, puis dans celle de Miah via une porte connectant les deux salles : « Il a tiré sur mon institutrice, il lui a dit "bonne nuit" et il lui a tiré dans la tête. Il a tiré sur mon ami qui était à côté de moi et j’ai pensé qu’il allait revenir. Donc j’ai pris un peu de sang et je me le suis étalé partout… Je suis restée silencieuse, puis j’ai attrapé le téléphone de mon institutrice et j’ai appelé (le numéro d’urgence) 911. »

« Imaginez si cela arrivait à vos enfants »

Miah ne se sent plus en sécurité à l’école. Devant les élus, son père a supplié le Congrès de voter une réforme pour restreindre l’accès aux armes à feu. Le pédiatre Roy Guerrero a décrit les blessures qu’il a vues à l’hôpital : « Deux enfants dont les corps avaient été pulvérisés par les balles (du fusil semi-automatique AR-15), décapités, leur chair déchirée. »

Kimberly et Felix Rubio, eux, ne savaient pendant des heures pas si leur fille Lexi était vivante. Kimberly a couru en nus-pieds près de 2 km jusqu’à l’école. Elle a fini par apprendre que Lexi, 10 ans, était décédée. « En son nom, nous demandons (aux élus) d’agir », a lancé la mère, sans pouvoir retenir ses larmes. « Nous demandons l’interdiction des fusils d’assaut et des chargeurs haute capacité. » Une mesure également réclamée par Joe Biden.

Des parents de la tuerie raciste de Buffalo ont également témoigné. Zeneta Everhart, mère d’un jeune caissier afro-américain gravement blessé au supermarché Tops Friendly Markets, a directement interpellé les élus assis face à elle : « A ceux qui ne pensent pas qu’on a besoin de lois plus strictes sur les armes : mon fils Zaire a un trou au cou, deux au dos et un à la jambe, causés par une balle explosive de AR-15. Des éclats resteront à vie dans son corps. Maintenant, imaginez si cela arrivait à l’un de vos enfants ? »

Négociations pour une réforme a minima

Un groupe de neuf sénateurs républicains et démocrates négocient pour trouver un compromis. Une interdiction de la vente aux particuliers des fusils semi-automatiques est exclue. Relever l’âge légal de 18 à 21 ans ne semble pas non plus avoir le soutien de dix républicains - une barre nécessaire pour passer outre l’obstruction parlementaire et faire adopter une réforme avec 60 voix sur 100.

Dans le meilleur scénario, les élus pourraient simplement durcir la vérification des antécédents (background checks), et élargir à tout le pays les « red flag laws » qui permettent de confisquer une arme à un individu à risques. Des mesures qui seront loin de satisfaire les familles d’Uvalde. Ni celles des 4.368 jeunes de moins de 19 ans morts par balles aux Etats-Unis en 2020. Un terrible chiffre qui fait des armes à feu la première cause de mortalité chez les jeunes.