Nucléaire iranien : L'AIEA adopte une résolution critiquant l'Iran, qui riposte

TENSIONS C'est le premier blâme subi par la République islamique depuis juin 2020

20 Minutes avec AFP
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Mohammad Eslami, chef de l'agence nucléaire iranienne (OIEA), s'exprime à la tribune de l'AIEA à Vienne en septembre 2021
Mohammad Eslami, chef de l'agence nucléaire iranienne (OIEA), s'exprime à la tribune de l'AIEA à Vienne en septembre 2021 — Lisa Leutner/AP/SIPA

Le ton monte dans le dossier nucléaire iranien : les Etats-Unis et les Européens ont fait adopter mercredi à l’AIEA une résolution rappelant formellement à l’ordre Téhéran, sur fond d’impasse des négociations pour sauver l’accord de 2015.

En guise de riposte, la République islamique, fustigeant une initiative « non constructive », avait débranché un peu plus tôt des caméras de surveillance installées par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Washington a aussitôt prévenu que cette décision risquait de « compliquer encore davantage » les pourparlers de Vienne, déjà suspendus depuis mars.

Premier blâme depuis juin 2020

Le texte déposé par les Etats-Unis et l'E3 (Royaume-Uni, France et Allemagne) est le premier blâme contre l’Iran à l’instance onusienne depuis juin 2020. Il a été approuvé par 30 membres du Conseil des gouverneurs réuni à Vienne, seules la Russie et la Chine votant contre, selon deux diplomates interrogés par l’AFP. Trois pays se sont par ailleurs abstenus (Inde, Libye, Pakistan).

Cette résolution exhorte l’Iran à « coopérer » avec l’AIEA, qui a déploré dans un récent rapport l’absence de réponses « techniquement crédibles » concernant des traces d’uranium enrichi retrouvées sur trois sites non déclarés.

Caméras coupées

L’Iran avait anticipé ce vote et déconnecté dans la journée « plusieurs caméras » sur des « sites nucléaires » du pays, selon un communiqué de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA). « Aujourd’hui, les autorités compétentes ont reçu pour instruction de couper les moniteurs d’enrichissement en ligne (OLEM) et les caméras des débitmètres de l’agence », a-t-elle précisé.

Ces instruments constituaient, toujours selon l’organisation iranienne, un « geste de bonne volonté » qui n’a pas été « apprécié » par l’AIEA. Elle a cependant ajouté que « plus de 80 % des caméras existantes de l’agence fonctionnent conformément à l’accord de sauvegarde et continueront à fonctionner comme avant ». Son porte-parole Behrouz Kamalvandi, qui s’est rendu sur un site pour constater l’arrêt de caméras, a averti que « d’autres mesures étaient envisagées ».

Décision « regrettable »

Cette décision est « extrêmement regrettable » et « contre-productive », a réagi un porte-parole de la diplomatie américaine interrogé par l’AFP. « La réponse de l’Iran devrait être de coopérer pleinement » avec l’AIEA, « pas de développer encore plus ses activités nucléaires et réduire la transparence ». « La décision du Conseil (des gouverneurs de l’AIEA) est un premier pas nécessaire dans le but de rétablir le respect par l’Iran de ses obligations », a déclaré le ministère israélien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Depuis janvier 2016, l’AIEA vérifie et contrôle la mise en oeuvre des engagements pris par l’Iran dans l’accord sur le nucléaire conclu l’année précédente à Vienne avec les grandes puissances.

« Pression maximale »

Le pacte, connu sous son acronyme anglais JCPOA, avait accordé à la République islamique un allègement des sanctions en échange de restrictions à son programme nucléaire. Mais Washington s’est retiré de l’accord en 2018 sous la présidence de Donald Trump, jugeant le texte insuffisant, et a rétabli les sanctions économiques contre Téhéran, qui s’est en réaction progressivement affranchi de ses engagements.

L’actuel président américain, Joe Biden, étant lui favorable à l’accord, des négociations ont démarré en avril 2021 à Vienne entre l'E3, la Russie et la Chine pour tenter de le relancer, mais semblent de plus en plus vouées à l’échec. Les Etats-Unis y participent de manière indirecte.

L’Iran proche de la bombe ?

« L’Iran n’a pas d’activités nucléaires cachées ni de sites non signalés » et a « maintenu une coopération maximale avec l’AIEA », a démenti mercredi Mohammad Eslami, chef de l’OIEA, accusant les Occidentaux de vouloir « maintenir une pression maximale » avec cette résolution « politique ». Au cours des débats devant le Conseil des gouverneurs, Londres, Paris et Berlin ont dénoncé « un programme nucléaire avancé comme jamais auparavant », et des activités « sans justification civile crédible ».

D’après les dernières estimations de l’AIEA, l’Iran aura bientôt amassé suffisamment d’uranium enrichi à 60 % pour construire une bombe. Téhéran dément toute visée militaire. « Nous appelons vivement l’Iran à cesser son escalade et à conclure d’urgence l’accord qui est sur la table » pour ressusciter le pacte de 2015, ont insisté les Européens.