Violences des armes à feu aux Etats-Unis : Joe Biden appelle à interdire la vente de fusils d’assaut

FLEAU Le président américain a fustigé le blocage du parti républicain, même si un groupe de sénateurs espère trouver un compromis beaucoup moins ambitieux

20 Minutes avec AFP
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Joe Biden a livré un plaidoyer pour restreindre la vente des armes semi-automatiques, le 2 juin 2022 à la Maison Blanche.
Joe Biden a livré un plaidoyer pour restreindre la vente des armes semi-automatiques, le 2 juin 2022 à la Maison Blanche. — Evan Vucci/AP/SIPA

Après le massacre dans une école primaire, à Newton, Barack Obama avait lancé un appel similaire, essuyant une larme. Jeudi, Joe Biden a appelé le Congrès américain à trouver une voie pour restreindre les ventes de fusils d’assaut et a fustigé, près de dix jours après le massacre de 19 enfants et deux enseignantes dans une école du Texas, les élus républicains qui s’y opposent.


« Combien d’autres carnages sommes-nous prêts à accepter ? », a grondé le président américain, répétant, lors de cette adresse à la nation depuis la Maison Blanche, en avoir « assez » de ces fusillades à répétition qui endeuillent l’Amérique, avec des armes à feu qui sont, depuis 2020, la première cause de mortalité chez les moins de 19 ans. Derrière son pupitre se trouvaient 56 bougies représentant les victimes de ces massacres dans l’ensemble des Etats et territoires américains. Après les fusillades de l’école primaire d’Uvalde, d’un supermarché de Buffalo et celle, mercredi, d’un hôpital de Tulsa, il a martelé que « trop d’endroits du quotidien (étaient) devenu des lieux de tuerie, des champs de bataille ».

Aucune chance au Sénat

Joe Biden a appelé à interdire au niveau national la vente de fusils d’assaut semi-automatiques, notamment les AR-15, comme entre 1994 et 2004. Mais, conscient de la difficulté d’adopter une telle mesure au Congrès, où il faudrait convaincre 10 sénateurs républicains, il a nuancé : « Nous devons au moins relever l’âge » légal minimum pour se procurer de telles armes, de 18 à 21 ans. Même cette moindre mesure semble pour l’instant hors d’atteinte.

Il a également demandé l’interdiction des chargeurs à grande capacité, le renforcement des vérifications des antécédents judiciaires ou psychologiques des potentiels acheteurs et le vote d’un texte obligeant les particuliers à garder leurs armes sous clé. « Depuis une vingtaine d’années, plus d’écoliers sont morts par armes à feu que le total de policiers et de soldats morts en service », a-t-il dit. « Réfléchissez-y. » « Le second amendement » de la Constitution américaine, qui garantit le droit de posséder une arme, « n’est pas absolu », a estimé le président démocrate.

« Je soutiens l’action (…) d’un petit groupe de sénateurs républicains et démocrates qui cherchent à trouver une voie, mais mon Dieu, le fait que la majorité des républicains du Sénat ne veuillent qu’aucune de ces propositions ne soit ne serait-ce que débattue ou mise au vote, je trouve cela inadmissible », a-t-il fustigé. « Nous ne pouvons pas trahir à nouveau le peuple américain », a-t-il poursuivi lors de ce discours de 17 minutes. « Il est temps que le Sénat fasse quelque chose. »

« Optimisme » d’un sénateur républicain

« Merci, M. le président », a écrit sur Twitter le sénateur Chris Murphy. « Nous devons faire quelque chose. Et nous le pouvons », a poursuivi cet élu du Connecticut qui, à jamais marqué par la fusillade de Sandy Hook (26 morts dont 20 enfants en 2012), pilote le groupe de discussion entre républicains et démocrates.

Tout le défi pour ce groupe est de trouver des mesures qui pourraient obtenir l’aval de dix sénateurs républicains, indispensable en raison de la majorité qualifiée au Sénat. Mais dans un pays où plus de 30 % des adultes possèdent au moins une arme à feu, les conservateurs s’opposent vivement à toute mesure qui pourrait aller à l’encontre des droits « des citoyens respectueux de la loi ».

Les discussions au Sénat tournent donc pour le moment autour de propositions limitées, comme la vérification des antécédents des acheteurs d’armes, ce que des associations réclament depuis des années.

Les négociations en cours au Sénat pourraient-elles toutefois réussir là où toutes les autres, notamment celles déclenchées sous Barack Obama après le massacre de Sandy Hook, ont échoué ? « Il y a un élan de plus en plus puissant pour que nous parvenions à faire quelque chose », avait assuré plus tôt le sénateur Chris Murphy sur Twitter. Le sénateur républicain Pat Toomey avait lui aussi fait part de son « optimisme ».