Chine : Le sort des Ouïghours sur le devant de la scène avec la visite de Michelle Bachelet au Xinjiang

REPRESSION Les organisations de défense des droits humains craignent que le Parti communiste n’utilise cette visite pour se dédouaner

20 Minutes avec AFP
— 
La Haute-Commissaire aux droits humains Michelle Bachelet.
La Haute-Commissaire aux droits humains Michelle Bachelet. — Martial Trezzini/AP/SIPA

Impossible de ne pas associer sa visite avec le sort des Ouïghours, cette minorité musulmane réprimée au Xinjiang. Pour la première fois en près de vingt ans, la Haute-Commissaire aux droits humains des Nations unies Michelle Bachelet se rend en Chine lundi.

Cette visite de six jours sera observée de près. Michelle Bachelet se rendra notamment à Urumqi et à Kashgar, dans le Xinjiang, ainsi qu’à Canton dans le sud de la Chine. Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili, rencontrera « un certain nombre de hauts fonctionnaires aux niveaux national et local », a indiqué son bureau vendredi.

« Génocide » au Xinjiang

Elle « rencontrera également des organisations de la société civile, des représentants du monde des affaires ainsi que des universitaires, et donnera une conférence aux étudiants de l’université de Canton ».

Mais les espoirs d’une enquête internationale approfondie sur ce que les Etats-Unis et d’autres pays ont qualifié de « génocide » au Xinjiang ont cédé la place à l’inquiétude des organisations de défense des droits humains, qui craignent que le Parti communiste au pouvoir n’utilise cette visite pour se dédouaner.

Des « centres de formation professionnelle »

Elles accusent Pékin de pratiquer depuis 2017 une répression systématique des Ouïghours et des autres ethnies musulmanes de la région, comme les Kazakhs. Elles reprochent au régime chinois d’avoir enfermé plus d’un million de personnes dans des camps de rééducation.

Pékin conteste ce chiffre et explique qu’il s’agit de « centres de formation professionnelle » destinés à combattre le radicalisme islamiste, après des attentats attribués à des Ouïghours. La Chine qualifie les accusations de génocide de « mensonge du siècle » en arguant que sa politique a permis de lutter contre l’extrémisme et d’améliorer les conditions de vie des habitants.

Un « accès libre » au Xinjiang

Michelle Bachelet rencontrera les ambassadeurs étrangers virtuellement lundi avant de se rendre au Xinjiang mardi et mercredi, selon des sources diplomatiques à Pékin. Cette visite constitue la première en son genre depuis 2005, une époque où Pékin tenait à adoucir son image mondiale dans la perspective des Jeux olympiques de 2008.

Des responsables de l’ONU ferraillent depuis 2018 avec le gouvernement chinois pour obtenir un « accès libre et significatif » au Xinjiang. Mais les militants craignent que ce voyage, obtenu en mars, ne soit qu’une mise en scène pendant laquelle les questions clefs ne seront pas mentionnées. Selon des universitaires et des Ouïghours basés à l’étranger, les autorités du Xinjiang semblent ces dernières années avoir abandonné les mesures de répression sévères pour se concentrer à nouveau sur le développement économique de la région.

Une visite « manipulée »

« Maintenant, il n’y a plus beaucoup de preuves visibles d’une répression », a fait valoir à l’AFP Peter Irwin, de l’organisation Uyghur Human Rights Project. Les groupes de défense ont alerté que la surveillance omniprésente de l’Etat et la peur de représailles empêcheront les Ouïghours sur le terrain de parler librement à l’équipe des Nations unies.

« Nous craignons que la visite ne soit manipulée par le gouvernement chinois pour blanchir les graves abus commis au Xinjiang », a averti pour sa part Maya Wang, chercheuse spécialiste de la Chine à Human Rights Watch. Michelle Bachelet a également été critiquée pour ne pas avoir été plus franche à propos du Xinjiang.

La visite de la « dernière chance »

Les Etats-Unis ont prévenu vendredi que le « silence persistant de Mme Bachelet face aux preuves indiscutables des atrocités commises au Xinjiang » était « profondément préoccupant ». Sa réticence à critiquer peut être le signe de la puissante influence de Pékin aux Nations unies​, qui soumet les fonctionnaires « à de nombreuses contraintes », a estimé Peter Irwin. « S’il s’agissait de n’importe quel autre gouvernement dans le monde, l’enquête aurait été effectuée ».

Contrairement à ce qui s’est passé pour d’autres régions, à l’instar de la Crimée annexée par la Russie, le Bureau des droits humains des Nations unies n’a pas utilisé son mandat de surveillance à distance pour le Xinjiang et ne dispose pas de bureau en Chine. Pour Maya Wang, cette visite est « la dernière chance pour Mme Bachelet de sauver sa réputation à propos de la Chine ».