Guerre en Ukraine : Entre hooligans ou « néonazis », qui gonfle les rangs du bataillon Azov ?

RESISTANCE Selon Kiev, les hommes du régiment Azov sont des héros qui ont résisté à l’envahisseur russe pendant des semaines notamment à Marioupol, mais c'est un brin plus compliqué que ça

20 Minutes avec AFP
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Le fondateur du bataillon Azov, Andriy Biletskiy.
Le fondateur du bataillon Azov, Andriy Biletskiy. — Genya SAVILOV / AFP
  • Ce mardi, 265 soldats ukrainiens retranchés dans la maintenant célèbre usine d’Azovstal, à Marioupol, se sont rendus aux forces russes.
  • Certains d’entre eux formaient le bataillon Azov, un groupe paramilitaire accusé par le chef du Kremlin d’être des « néonazis ».
  • 20 Minutes revient sur les origines de ce régiment d’antihéros et s’interroge sur le sort que leur réserve la Russie, maintenant que certains d’entre eux ont été faits prisonniers.

Ils étaient les derniers combattants, l’ultime poche de résistance face à l’armée russe. Ce mardi, Moscou a annoncé la reddition de 265 soldats ukrainiens retranchés dans l’aciérie Azovstal. Plus que des soldats certains de ces résistants faisaient partie du bataillon Azov, un groupe de paramilitaires d’extrême droite que Vladimir Poutine a largement cité pour justifier la « dénazification » de l’Ukraine. Mais qui sont-ils ? Ces rumeurs sont-elles fondées ? Et quel sort leur réserve le chef du Kremlin ? 20 Minutes fait le point.

Qui fait partie du régiment Azov ?

Azov est un groupe de paramilitaires ukrainiens d’extrême droite, fondé le 5 mai 2014 et tirant son nom de la mer Azov, qui borde le pays. En pleine guerre du Donbass, l’Ukraine doit composer avec une armée démotivée et désorganisée. Dans ce contexte le ministre de l’Intérieur de l’époque, Arsen Avakov, décide de former des milices armées spéciales. Elles viendront en renfort de l’armée nationale.

Le bataillon Azov s’illustre rapidement en reprenant Marioupol aux séparatistes prorusses dès sa création, en 2014. L’ensemble de leurs actions de combat, menées parallèlement à celles de l’armée nationale, sont appelées « opérations antiterroristes » (ATO). Le bataillon est ensuite accusé de « violations des droits de l’Homme » par les séparatistes pro-russes, mais aussi par des ONG occidentales. Si, à l’origine, ce régiment comptait une poignée d’hommes dans ses rangs, aujourd’hui il serait constitué de 3.500 à 5.000 combattants, selon Libération.

Le régiment Azov ou des combattants « néonazis »  ?

A l’origine du bataillon Azov, on retrouve un homme : Andreï Biletsky. Et c’est la réputation houleuse de ce dernier qui va forger l’image ultranationaliste du régiment. Originaire du Kharkiv russophone, Andreï Biletsky est un fervent hooligans âgé de 42 ans qui n’a jamais caché son appétence pour les thèses nationales-socialistes mais aussi racialistes. Un temps à la tête du parti xénophobe, antisémite et raciste Assemblée sociale-nationale (SNA), Andreï Biletsky va s’inspirer de l’emblème de ce parti, lui-même inspiré du parti nazi, pour créer celui du bataillon Azov. Sur un fond jaune, le drapeau Azov arbore fièrement un wolfsangel (crochet de loup) inversé qui rappelle l’emblème de la 2e division allemande SS « Das Reich ».



Huit ans après sa création, le bataillon Azov ne compte par forcément dans ses rangs uniquement des profils d'extrême droite. Dans les colonnes de Libération, l’historien Viatcheslav Likhatchev pointe une composition plus hétéroclite : « J’ai personnellement connu un anarchiste qui a servi dans Azov, ainsi qu’un ancien participant à Anti-Maidan [mouvement contre la révolution ukrainienne de 2014], pour qui l’agression russe était devenue inappropriée » se souvient-il. 

Sans compter qu'aujourd'hui, beaucoup de membres du bataillon sont vus comme des héros par les Ukrainiens, des symboles de la résistance à l’invasion russe lancée le 24 février. « Pendant quatre-vingt-deux jours, les défenseurs de Marioupol ont exécuté les ordres malgré les difficultés, ont fait reculer les forces écrasantes de l’ennemi », a ainsi détaillé ce mardi sur les réseaux sociaux le régiment Azov.



Ces images montrent des soldats ukrainiens blessés à l'usine d'Azovstal à Marioupol, en Ukraine.
Ces images montrent des soldats ukrainiens blessés à l'usine d'Azovstal à Marioupol, en Ukraine. - Azov Regiment/Cover Images/SIPA

C'est d'ailleurs sur ces mêmes réseaux (Facebook avant tout) que le régiment communique sur sa résistance face aux troupes russes ou organise des conférences de presse, depuis les sous sols de l'aciérie d'Azovstal. Ce qui a fait émerger des figures de proue du groupuscule : Ilya Samoïlenko, commandant en second du régiment Azov ou le commandant Denys Prokopenko.

Pourquoi Vladimir Poutine veut-il  faire de ces soldats des criminels de guerre ?

Le bataillon Azov pour Vladimir Poutine, c’est du pain béni. Le chef du Kremlin a, en effet, souvent utilisé le passé trouble du groupuscule pour justifier la « dénazification » de l’Ukraine. Alors qu’il vient de faire prisonniers certains de ces soldats, la question du traitement qu’il va leur accorder subsiste : prisonniers ou criminels de guerre ? Selon Kiev, ces soldats feront l’objet d’un échange de prisonniers. « De notre côté, nous pouvons dire que les négociations sont toujours en cours », a ainsi déclaré la vice-ministre ukrainienne de la Défense, Hanna Maliar.

Le président de la chambre basse du Parlement, Viatcheslav Volodine, sans parler du cas de Marioupol en particulier, a, pour sa part, assuré sur son compte Telegram que « les criminels nazis ne devaient pas faire l’objet d’un échange de prisonniers ». Le procureur général de Russie aurait, lui, demandé à la Cour suprême de qualifier le Régiment Azov d’« organisation terroriste », rapporte l’agence Interfax, citant le site internet du ministère de la Justice. La Cour suprême de Russie doit examiner cette demande le 26 mai prochain.