Royaume-Uni : Boris Johnson se rend en Irlande du Nord, engluée dans la crise

TENSIONS La situation politique est bloquée en Irlande du Nord, les unionistes refusant de participer au gouvernement

20 Minutes avec AFP
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Le Premier ministre britannique Boris Johnson se rend en Irlande du Nord ce lundi.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson se rend en Irlande du Nord ce lundi. — Frank Augstein/AP/SIPA

La situation s’enlise en Irlande du Nord. Boris Johnson s’y rend ce lundi afin de tenter de débloquer les institutions locales. Ces dernières sont paralysées sur fond de tensions grandissantes entre Belfast, Londres et Bruxelles concernant les dispositions post-Brexit de cette province britannique.

Dix jours après la victoire historique des républicains du Sinn Fein lors d’élections locales, les institutions nord-irlandaises sont à l’arrêt, les unionistes du DUP ayant refusé de participer à l’exécutif pourtant censé être partagé en vertu de l’accord de paix de 1998 qui a mis fin à trois décennies de conflit.

Un « message clair »

Les unionistes, viscéralement attachés à l’union avec la Grande Bretagne, entendent ainsi protester contre les dispositions du protocole nord-irlandais – l’accord signé entre Londres et Bruxelles pour répondre à la délicate question de la frontière entre l’Irlande du Nord britannique et la République d’Irlande européenne après le Brexit – qui menacent selon eux la place de la province au sein du Royaume-Uni.

Selon un communiqué de Downing Street dimanche, le Premier ministre britannique va envoyer à Belfast un « message clair » aux différentes formations politiques dans la province, à savoir que « tout changement au protocole doit aboutir à la réunion de tous les partis pour former un exécutif et une Assemblée locale ».

« Maintenir la société en otage »

L’Assemblée nouvellement élue s’est réunie vendredi pour la première fois depuis que le Sinn Fein, partisan de la réunification avec la République d’Irlande, a fini en tête aux élections locales du 5 mai, une première en plus de cent ans d’histoire de la province. Mais le DUP a refusé d’en désigner un président, bloquant l’Assemblée.

Appelée à devenir la nouvelle Première ministre de la province, la vice-présidente du Sinn Fein Michelle O’Neill a accusé le DUP de retenir « la société en otage pour le Brexit dur qu’ils ont apporté avec leurs amis » du parti conservateur de Boris Johnson.

Tensions entre Londres et Bruxelles

Invoquant les tensions politiques dans la province et des perturbations dans les échanges commerciaux, le gouvernement britannique veut renégocier en profondeur le protocole avec l’Union européenne, qui se dit seulement prête à des aménagements.

Londres agite la menace d’actions unilatérales pour outrepasser l’accord, possiblement dès cette semaine, une position inacceptable pour l’UE  qui pourrait déclencher de sévères représailles commerciales. « J’espère que la position de l’UE changera », affirme Boris Johnson dans une tribune publiée par le Belfast Telegraph, sans quoi « il sera nécessaire d’agir » pour protéger l’accord de paix du Vendredi Saint de 1998.

Le spectre de la décision unilatérale

Dimanche, le ministre britannique de l’Energie Kwasi Kwarteng a assuré sur la chaîne Sky News que le Royaume-Uni avait « tout à fait le droit » de vouloir modifier unilatéralement des dispositions du protocole.

« La stabilité politique est notre priorité numéro 1, et [le DUP] nous affirme qu’ils ne partageront pas le pouvoir si [le protocole] n’est pas modifié. Nous devons donc regarder avec attention comment nous pouvons le changer », a-t-il affirmé. Les institutions nord-irlandaises avaient déjà connu trois ans de paralysie, sur fond de scandale financier, avant qu’un accord ne permette leur retour en janvier 2020.