Etats-Unis : « Des femmes vont mourir », « ça va être horrible », les dénonciations se multiplient alors que le droit à l’avortement est menacé

AVERTISSEMENTS La Cour suprême veut remettre en cause l’arrêt « Roe versus Wade » de 1973, qui garantit aux femmes un accès à l’avortement

20 Minutes avec agences
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Kerrington Hall, 29 ans, se joint à d'autres militants du droit à l'avortement pour manifester sur Michigan Avenue à Chicago, le mercredi 11 mai 2022.
Kerrington Hall, 29 ans, se joint à d'autres militants du droit à l'avortement pour manifester sur Michigan Avenue à Chicago, le mercredi 11 mai 2022. — Ashlee Rezin/AP/SIPA

Les cris d’alerte se multiplient depuis que la Cour suprême des Etats-Unis envisage de revenir sur le droit des femmes à avorter. « Des femmes vont mourir » si elle met fin au droit à l’avortement, s’alarme la prestigieuse revue médicale The Lancet ce vendredi dans un éditorial, estimant que les juges auront alors « du sang sur les mains ».

Début mai, l’avant-projet d’une décision majoritaire rédigé par le juge conservateur Samuel Alito a fuité dans la presse, remettant en cause l’arrêt « Roe versus Wade » de 1973, qui garantit aux femmes un accès à l’avortement, même dans les Etats les plus conservateurs.

« Le sang des femmes sur les mains »

« Le fait est que si la Cour suprême des Etats-Unis confirme cet avant-projet, des femmes vont mourir », écrit The Lancet dans son éditorial, publié sur son site. « Alito et ses alliés auront le sang des femmes sur les mains ».

« Aux Etats-Unis, les femmes noires ont un taux de grossesse non désirée qui est le double de celui des femmes blanches non hispaniques. Et le taux de mortalité maternelle pour les femmes noires, pour lequel les avortements dangereux est un facteur important, est près de trois fois supérieur à celui des femmes blanches », poursuit la prestigieuse revue.

« Cela va être horrible »

« Quel type de société sont devenus les Etats-Unis, lorsqu’un petit groupe de juges est autorisé à blesser des femmes, des familles et leurs communautés, alors même qu’ils ont été élus pour les protéger ? », interroge encore l’éditorial.

Dernière survivante de la bataille juridique qui a instauré le droit constitutionnel à l’avortement aux Etats-Unis, Linda Coffee partage l’indignation du journal. « Cela va être horrible », prédit la dame de 79 ans, qui représentait à l’époque Jane Roe, une femme enceinte désirant une interruption volontaire de grossesse (IVG).

Des milliers de kilomètres pour avorter

Avorter « coûtera très cher aux personnes pauvres… Beaucoup de gens n’ont pas les moyens de prendre l’avion », explique-t-elle en recevant l’AFP dans sa maison du Texas, assise dans une chaise roulante.

En effet, si la Cour suprême revient sur sa décision emblématique de 1973, des millions d’Américaines pourraient se retrouver à des centaines voire des milliers de kilomètres du plus proche centre médical pratiquant des IVG. Notamment celles vivant en Floride, dans le sud du Texas  ou dans le Mississippi.

La majorité des Américains favorable au droit à l’avortement

« Une très large majorité de personnes souhaite conserver une partie de la décision Roe versus Wade » poursuit Linda Coffee. Ce n’est qu’une « minorité, très bruyante, qui ne veut rien en garder ». D’après une étude de mai 2021 de l’institut Pew Research, 59 % des Américains estiment que l’avortement doit rester légal dans tous les cas ou dans une majorité d’entre eux.

Dans l’avant-projet qui avait fuité et été publié par le site d’information Politico, Samuel Alito écrit : « Nous estimons que Roe v. Wade doit être annulé » et le droit à l’avortement « n’est protégé par aucune disposition de la Constitution ». Si cette conclusion est retenue par la Cour, les Etats-Unis reviendront à la situation d’avant 1973 quand chaque Etat était libre d’interdire ou d’autoriser l’avortement. Vingt-six Etats américains « interdiront certainement ou probablement l’avortement » d’après l’institut de recherche Guttmacher, favorable au droit à l’IVG et dont les études font référence.