Drew Barrymore, le maire de Los Angeles et plusieurs milliers de personnes manifestent pour le mariage gay

REPORTAGE Malgré la décision de la Cour suprême californienne, ils ne baissent pas les bras...

Philippe Berry

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Une manifestation pro-mariage gay, mardi 26 mai 2009, à Los Angeles
Une manifestation pro-mariage gay, mardi 26 mai 2009, à Los Angeles — P. BERRY
De notre correspondant à Los Angeles 


Rien de les arrêtera. Ni le verdict populaire de novembre dernier, qui a adopté d'une courte majorité la fameuse «Proposition 8» interdisant le mariage pour deux personnes du même sexe. Ni la confirmation du référendum par la Cour suprême californienne, ce mardi.

 

De Melrose Ave et Santa Monica Blvd, ils affluent dès 19 heures pour rejoindre le Pacific Design Center, au cœur de West Hollywood, l'une des places fortes de la communauté gay américaine avec le Castro District de San Francisco. Un coup de pub du plus influent des activistes gay (Perez Hilton, bien entendu), ça aide toujours à la mobilisation.

 

Vers un nouveau vote en 2010?

 

Côté ambiance, on oscille entre déception et positive attitude. «Aujourd'hui est un jour triste pour les droits civils», se lamente Jane. «D'un côté, la Cour suprême a validé mon mariage avec ma compagne, ainsi que celui de 18.000 Californiens. De l'autre, elle refuse ce droit fondamental à des millions d'autres. Ce n'est pas cohérent. Ce n'est pas juste.»

 

«Ne vous inquiétez pas, on renversera ça en 2010», jure Stephen, 62 ans, qui n'aurait manqué cette marche «sous aucun prétexte». Il circule en faisant signer une pétition afin de remettre la question sur le tapis lors des élections de mi-mandat. Selon les règles de l'Etat, 700.000 signatures (8% de l'électorat) sont nécessaires pour provoquer un référendum.

 

L'autre nerf de la guerre, c'est l'argent. Chaque camp (principalement la communauté gay vs l'Eglise mormone) avait levé environ 40 millions de dollars en novembre dernier, et plusieurs volontaires incitent les manifestants à remettre la main au portefeuille. Emorej, originaire du Nigéria, espère que la minorité afro-américaine soutiendra cette fois-ci le oui. Il appelle Barack Obama «à se mouiller». Jusqu'ici, le président a joué l'ouverture, tout en répétant que pour lui, «le mariage reste un sacrement entre un homme et une femme».

 

La demande en mariage de Monsieur Sulu

 

Dans cette foule, on ne trouve pas que de membres de la communauté gay et lesbienne. Kate, Leslie et Jessica, 17 ans, sont venues ensemble. Leslie, un tatouage «No H8» (no hate, «non à la haine») sur la joue, est remontée. «On a tous un ami gay. Comment peut-on le regarder dans les yeux et lui dire "désolé, tu n'as pas les même droits que moi". On a élu un président noir, que diable! La société évolue d'un côté, mais pas de l'autre!»

 

A la tribune, un militaire succède à un révérend d'une paroisse luthérienne pro mariage gay. «Je suis le lieutenant Dan Choi et je suis toujours gay.» La foule rugit. Dan Choi a fait la une des journaux après son coming out, au printemps dernier, qui lui a valu d'être écarté de l'armée américaine, toujours sous le coup de la règle «don't ask, don't tell» («ne pas demander, ne pas dire» –en substance, on ne peut servir dans les forces américaines si l'on est ouvertement homosexuel; c'est donc la loi du silence qui prévaut).

 

Le maire de Los Angeles, le démocrate Antonio Villaraigosa, est également de la partie et dénonce «la bigoterie et l'intolérance» –en anglais puis en espagnol. Les célébrités sont également présentes. Drew Barrymore explique être celle qu'elle est aujourd'hui «grâce à l'amour des nombreuses personnes homosexuelles» de son entourage. George Takei (Monsieur Sulu dans la série originelle «Star Trek», ou encore le papa de Hiro dans «Heroes») raconte la demande en mariage que lui a faite son partenaire il y a un an, un genou à terre, et veut que «tout le monde connaisse ce bonheur».

 

La soleil a disparu derrière les collines d'Hollywood. Il est temps pour les 1.000 à 2.000 manifestants (selon un policier) de se mettre en marche, pour rejoindre d'autres groupes. Reprenant le fameux salut de Star Trek («Live long and prosper», «vivez longtemps et prospérez»), Monsieur Sulu conclut: «Love long and prosper.»