La crise mondiale n'épargne pas l'Afrique

Clémence Leveau

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La crise pourrait faire basculer 8 millions d'Africains dans l'extrême pauvreté 
(ici, les bidonvilles de Johannesbourg, en Afrique du Sud).
La crise pourrait faire basculer 8 millions d'Africains dans l'extrême pauvreté (ici, les bidonvilles de Johannesbourg, en Afrique du Sud). — DAZAY / SIPA

C'est officiel : pour la première fois en dix-sept ans, l'Afrique du Sud

va entrer en récession. Les chiffres annoncés hier montrent que son produit intérieur brut a diminué de 6,4 % au premier trimestre 2009. La première puissance économique du continent n'est pas la seule à être touchée par la crise : toute l'Afrique est concernée. L'effondrement de l'économie mondiale risque de faire basculer 8 millions de personnes dans l'extrême pauvreté sur le continent et pourrait contribuer à la mort, chaque année, 700 000 enfants de moins d'un an, selon la Banque mondiale.

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Des prévisions de croissance en nette baisse

Un rapport de l'OCDE et de la Banque africaine de développement, paru en avril, le confirme : la récession frappe de plein fouet le continent noir. En cause, notamment, l'augmentation du coût des matières premières, la baisse de la demande au niveau mondial, les difficultés d'accès au crédit (qui nuisent au financement des projets) et le ralentissement des investissements. Le rapport prédit un « tassement brutal » de la croissance africaine. Selon la Banque mondiale, elle pourrait s'établir à 1,7 % en 2009, soit moins d'un tiers des 5,7 % estimés par l'OCDE pour 2008.

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Des efforts pour rien ?

La question est désormais de savoir si l'impact de la crise ne va pas anéantir les progrès effectués ces dix dernières années. L'Afrique a en effet réussi à réduire sa dette et sa dépendance par rapport à l'étranger. Certes, « l'Afrique est mieux préparée à la crise qu'il y a dix ans », explique Jose Gijon, chef du bureau Afrique à l'OCDE. Le développement de son commerce avec la Chine, pays bien implanté en Afrique et demandeur de matières premières, devrait aussi permettre de limiter les dégâts. Mais avec la crise, « le gros risque, c'est une récession forte et durable », avertit Jean-Marc Gravellini, directeur Afrique de l'Agence française de développement.

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Qui est concerné ?

Le pays les plus touchés sont « les exportateurs de matières premières minérales », explique Jose Gijon. Les pays fragiles sont moins affectés car « isolés du système économique mondial. Pour ceux-là, la crise surviendrait en cas de diminution, voire d'abandon de l'aide au développement. Ce qui n'est pas prévu », assure le spécialiste. Sur ce point, Philippe Hugon, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques, est plus pessimiste. « L'aide publique au développement va vraisemblablement diminuer : les pays les plus pauvres risquent donc d'être touchés. »

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Les aides baisseront-elles ?

Selon Philippe Hugon, « on risque de voir une forte baisse de la proportion de dons par rapport aux prêts (plus coûteux, en raison des intérêts). Il y a donc un risque de réendettement. » A l'Agence française pour le développement, le directeur Afrique, Jean-Marc Gravellini, avoue que « l'ambiance n'est pas à l'optimisme, mais qu'il serait injuste que l'Afrique subisse les conséquences de cette crise », dont les causes sont extérieures au continent. La France, quatrième bailleur de fonds mondial, a consacré 0,39 % de son PIB à l'aide au développement en 2008. Elle prévoit d'arriver à 0,51 % d'ici à 2010. Lors d'une réunion interministérielle vendredi, elle décidera si elle maintient cet objectif. W