Irlande du Nord : Victoire historique des nationalistes du Sinn Fein, Londres appelle à l'union

ELECTIONS Pour la première fois, le Sinn Fein va pouvoir nommer une Première ministre locale. La province était jusqu’à présent dirigée par le parti DUP, fidèle à la couronne britannique

20 Minutes avec AFP
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Michelle O'Neill, dirigeante du Sinn Fein en Irlande du Nord, à la sortie de son bureau de vote le 5 mai 2022.
Michelle O'Neill, dirigeante du Sinn Fein en Irlande du Nord, à la sortie de son bureau de vote le 5 mai 2022. — Peter Morrison/AP/SIPA

La couronne britannique tangue fortement sur la troisième plus grande île d’Europe. Devançant les unionistes au pouvoir depuis des décennies, le parti nationaliste Sinn Fein, partisan d’une réunification de l’Irlande, a remporté samedi une victoire historique en Irlande du Nord.

Le Sinn Fein est devenu le premier parti nord-irlandais, décrochant 27 sièges sur 90 à l'Assemblée locale, contre 25 pour les unionistes du DUP, viscéralement attachés à l'union avec la Grande-Bretagne. Ce succès permet à l’ex-vitrine politique du groupe paramilitaire Armée républicaine irlandaise (IRA) de nommer une Première ministre locale, pour la première fois en cent ans d’histoire d’une province sous tension. Alors que touche à sa fin le long dépouillement des bulletins de vote déposés jeudi dans les urnes pour désigner les élus de l’Assemblée locale, des résultats presque définitifs donnent plusieurs sièges d’avance au Sinn Fein face à son rival unioniste DUP.

Le DUP reconnaît la victoire du Sinn Fein

Saluant « un moment très important de changement » avec l’entrée dans « une nouvelle ère », la dirigeante du Sinn Fein en Irlande du Nord, Michelle O’Neill, a promis de dépasser les divisions. « J’offrirai un leadership inclusif, qui célèbre la diversité, qui garantit les droits et l’égalité pour ceux qui ont été exclus, discriminés ou ignorés dans le passé ». Londres a appelé dimanche nationalistes et unionistes à s'unir dans un exécutif local pour assurer la «stabilité» de la province britannique. 

«Avant tout, ce que nous voulons voir (...), c'est de la stabilité», a déclaré dimanche le vice-Premier ministre britannique, Dominic Raab, sur Sky News. «Nous voulons voir un exécutif être formé» et «les partis s'unir pour fournir cette stabilité aux gens». Avant de rencontrer les dirigeants des partis locaux lundi, le ministre britannique chargé de la province, Brandon Lewis, a aussi estimé sur la BBC qu'il s'agissait d'un «moment important pour montrer que tout le monde peut travailler ensemble». 

Un gouvernement d’union pour respecter les accords de paix

Le gouvernement doit être dirigé conjointement par nationalistes et unionistes en vertu de l’accord de paix de 1998. Mais les pourparlers pour sa formation s’annoncent difficiles et le risque de paralysie plane, les unionistes refusant de rejoindre un gouvernement tant que resteront en place les contrôles douaniers post-Brexit, qui menacent selon eux l’intégrité du Royaume-Uni. Un autre ténor du parti, Edwin Poots, a prévenu que des négociations prendraient « des semaines, avec un peu de chance, ou même des mois », alors que le ministre britannique chargé de la province, Brandon Lewis, est attendu prochainement à Belfast.

« Les gens ont parlé et notre travail est maintenant de faire acte de présence. J’attends des autres qu’ils fassent de même », a pour sa part déclaré Michelle O’Neill. Elle a également appelé à un « débat sain » sur l’avenir de l’Irlande du Nord, estimant que le nouvel exécutif devait s’attaquer en priorité à l’envolée du coût de la vie. Le Premier ministre irlandais, Michael Martin, a, lui, souligné qu’il revenait à « tous les partis politiques et les élus » de « servir les intérêts de tous les habitants d’Irlande du Nord ».

Le résultat du scrutin ne doit cependant pas se regarder que sous l’angle du statut de l’île. « Le succès du Sinn Fein profite de la faiblesse de l’unionisme (…) Il ne représente pas un changement radical des opinions en Irlande du Nord en faveur de la réunification », analyse en effet Katy Hayward, politologue à la Queen’s University de Belfast. Elle note aussi une fracturation du vote unioniste et la progression du parti centriste Alliance (17 sièges).