Guerre en Ukraine : Une enquête d’Amnesty International met en évidence des « preuves irréfutables » de crimes de guerre

PREUVES L’ONG a enquêté pendant 12 jours dans les villes situées au nord-ouest de Kiev, récoltant de multiples témoignages et documents

X.R.
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L'ONG a pu enquêter à Boutcha, où la découverte de corps lors de la libération avait choqué.
L'ONG a pu enquêter à Boutcha, où la découverte de corps lors de la libération avait choqué. — Felipe Dana/AP/SIPA

« Il ne reviendra pas ». Dans son rapport publié ce vendredi, titré d’après la réponse d’un soldat russe à un vieil homme dont il venait d’exécuter le gendre, Amnesty International documente avec précision des crimes de guerre commis par l’armée russe en Ukraine. L’enquête a duré 12 jours, et s’est concentrée sur les communes libérées du nord-ouest de Kiev, avec Boutcha comme épicentre.

L’ONG y décrit notamment « cinq exécutions extrajudiciaires manifestes » commises par les Russes entre le 4 et le 19 mars. Si cela semble bien peu au regard du nombre de cadavres retrouvés dans les rues au moment de la libération de la ville, qui avait laissé le monde occidental sous le choc, ces cas sont étayés avec précisions. Les enquêteurs ont récolté les témoignages de familles des victimes, les balles et douilles sur les lieux du crime, ainsi que des documents militaires russes permettant d’identifier plus précisément les coupables.



« Nous avons des preuves irréfutables », « nous affirmons qu’il y a des crimes de guerre qui sont commis sur le sol ukrainien », a insisté le vice-président d’Amnesty International, Jean-Claude Samouiller, sur France Info. L’ONG a ainsi compté 22 « homicides illégaux », rappelant que « les exécutions extrajudiciaires sont des crimes de guerre ».

Le rapport met aussi en évidence des « bombardements illégaux » à Borodianka, ayant touché « huit bâtiments résidentiels ». « A l’intérieur vivaient 600 familles, et 42 civils ont été tués », dénonce Jean-Claude Samouiller. « Aucune cible militaire ukrainienne ne se trouvait dans les bâtiments qui ont été frappés ou à proximité de ceux-ci », indique le rapport, qui cite encore de nombreux et poignants témoignages.

Amnesty International souhaite désormais que ce rapport et les preuves apportées puissent donner une suite judiciaire à ces crimes de guerre. « En vertu du principe de la responsabilité de la hiérarchie, les supérieurs hiérarchiques, notamment les commandants militaires et les dirigeants civils » doivent être tenus responsables en plus des soldats auteurs de ces exactions, souhaite l’ONG. Mais « cela va être très difficile de juger Vladimir Poutine », reconnaît Jean-Claude Samouiller.