Guerre en Ukraine : A l’usine d’Azovstal, « des combats au corps à corps face à des Ukrainiens très motivés »

STRATEGIE MILITAIRE Contrairement à ce qu’avait annoncé Vladimimr Poutine, les troupes russes ont lancé ce mardi un puissant assaut contre l’immense aciérie de Marioupol

Marie De Fournas
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Sur cette photo tirée d'une vidéo, de la fumée s'élève du complexe métallurgique Azovstal à Marioupol, sur le territoire sous le gouvernement de la République populaire de Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, le mardi 3 mai 2022.
Sur cette photo tirée d'une vidéo, de la fumée s'élève du complexe métallurgique Azovstal à Marioupol, sur le territoire sous le gouvernement de la République populaire de Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, le mardi 3 mai 2022. — /AP/SIPA
  • Le régiment d’Azov caché dans les souterrains de l’usine d’Azovstal à Marioupol, a annoncé mardi un assaut de l’armée russe sur le complexe métallurgique. Une information démentie ce mercredi par le Kremlin.
  • Cet assaut signifierait que Vladimir Poutine aurait changé sa stratégie militaire concernant ce haut lieu de résistance ukrainien, en espérant peut-être une victoire d’ici le 9 mai. Il signifierait également la fin des évacuations de civils, toujours bloqués dans les souterrains de l’usine.
  • Explications avec le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française aux Nations unies qui estime que la prise d’Azovstal va engendrer « beaucoup de pertes » côté russe.

C’est fait. Après des semaines de siège autour de l’usine d’Azovstal, l’armée russe aurait finalement lancé mardi soir un assaut sur la dernière poche de résistance de Marioupol. Une information transmise par le régiment ukrainien Azov présent sur place, mais démentie ce mercredi par le Kremlin. Cette stratégie militaire va à l’encontre de ce qu’avait précédemment annoncé Moscou. Par ailleurs, l’attaque interviendrait alors que des civils se trouvent toujours cachés dans les souterrains de cet immense complexe. Et ce mercredi après-midi, le maire de Marioupol annonçait que de « violents combats » étaient en cours dans l’usine et que le « contact était perdu » avec les combattants ukrainiens. Autant d’éléments qui interrogent sur cette attaque, probable tournant dans la guerre en Ukraine.

Comment les combats à Azovstal peuvent-ils se dérouler ?

« Un puissant assaut sur le territoire d’Azovstal est en cours, avec le soutien de véhicules blindés, de chars et des tentatives de débarquement de troupes, avec l’aide de bateaux et d’un grand nombre d’éléments d’infanterie », a détaillé mardi soir sur Télégram Sviatoslav Palamar, le commandant adjoint du régiment ukrainien Azov, caché dans les tunnels de l’usine depuis plus de deux mois. « Un assaut par la mer, c’est une nouveauté », nous informe le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française aux Nations unies. Car si Azovstal était jusque-là encerclée sur ces trois côtés par des troupes terrestres, un quatrième côté donne sur la mer d’Azov. « Il s’agit peut-être d’un accès plus facile », suggère l’expert. Et l’armée russe pourrait bien en avoir besoin, vu le combat qui l’attend.

Pour le général Dominique Trinquand, cet assaut va être dur et engendrer « beaucoup de pertes » côté russe. « Les combattants ukrainiens sont installés dans ce complexe depuis deux mois, ils en connaissent chaque recoin et ont préparé la défense. Ils y ont mis des pièges, des mines explosives, constitué des champs de tirs et des positions de rechange ». Une longue préparation qui risque de rendre la progression de l’armée particulièrement rude. « Ce sont des combats qui vont se terminer au corps à corps face à des Ukrainiens très motivés », ajoute-t-il.

Pourquoi Vladimir Poutine a-t-il changé son fusil d’épaule ?

Le 21 avril dernier, le président russe déclarait que son armée avait « libéré » Marioupol. Concernant l’immense complexe métallurgique Azovstal, Vladimir Poutine avait ordonné à ses troupes de ne pas lancer d’assaut, mais de bloquer la zone « de sorte que pas une mouche ne passe ». Plutôt que d’épuiser ses munitions, il avait donc choisi l'option du siège, d'« encercler Azovstal et attendre calmement encore quelques mois, jusqu’au moment où les provisions des résistants seront épuisées », nous expliquait à l’époque Alexander Grinberg, analyste au Jerusalem Institute for Security and Strategy (Jiss).

L'assaut finalement donné sur l'usine pourrait s’expliquer par l’approche de la date hautement symbolique du 9 mai. Il s’agit du « jour de la Victoire » de la Russie sur l’Allemagne nazie, marqué chaque année depuis 1945 par une grande cérémonie militaire. Pour les experts internationaux et le général Dominique Trinquand, « Vladimir Poutine a besoin d’annoncer quelque chose et la prise complète de Marioupol est ce qu’il y a de plus atteignable tout de suite ». Il s’agirait donc d’une solution de repli alors qu’une victoire de l’armée russe dans le Donbass semble « assez improbable » avant le 9 mai, selon l’expert.

Est-il encore possible d’évacuer les civils cachés dans les sous-sols de l’usine ?

Quelques heures avant l’annonce de l’assaut mardi, l’ONU avait indiqué l’évacuation réussie de 101 civils retranchés dans l’usine. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky en évoquait lui, 156. « Il y a des civils encore pris au piège, certains d’entre eux ont peut-être eu peur de sortir ou n’ont probablement pas pu s’extraire », avait alors souligné la coordinatrice humanitaire des Nations unies pour l’Ukraine, Osnat Lubrani sans pouvoir en préciser le nombre.

Si lors de son appel téléphonique avec le président russe, Emmanuel Macron lui a demandé de « permettre la poursuite des évacuations de l’usine », l’assaut russe rendrait l’ouverture de couloir humanitaire compliqué. D’abord parce qu’il faut l’accord des deux parties et donc l’arrêt des combats, mais aussi parce que la présence de civils pourrait alimenter la propagande russe, souligne le général Dominique Trinquand : « Ils pourront dire que les Ukrainiens ont fait exprès de garder des civils comme bouclier humain ». Aucune évacuation de civils n’a pour l’heure été rapportée ce mercredi.