Malmené par le Congrès, Barack Obama veut reprendre la main sur Guantanamo

ETATS-UNIS Alors que le Sénat refuse de voter les fonds nécessaire pour la fermeture de Guantanamo, le président américain va s'efforcer de rassurer les Américains.

C. L. avec agence

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Le président Barack Obama au G20 à Londres le 1er avril 2009
Le président Barack Obama au G20 à Londres le 1er avril 2009 — Phil Noble / Reuters

Cela se corse pour Barack Obama, décidément empêtré dans les problèmes de Guantanamo, de tortures et autres reliquats de l’ère Bush. ce jeudi, le président américain doit donc tenter de reprendre le contrôle d'une situation délicate en précisant ses intentions pour Guantanamo et en rassurant dans un grand discours sur sa détermination à rompre avec les pratiques antiterroristes de l'époque Bush.

Son message sera cependant concurrencé par celui, radicalement différent, de l'ancien vice-président Dick Cheney, qui s'exprimera au même moment. Ce dernier a repris du service politique pour défendre la politique antiterroriste de l'ancien président George W. Bush, dont il passe pour l'un des grands instigateurs; un débat déjà vif qui risque de devenir plus houleux jeudi, au grand dam de Barack Obama, qui préférerait parler aux Américains de relance économique et de réforme sociale.

La journée s’annonce d’autant plus délicate qu’Obama prendra la parole alors que ses amis démocrates au Parlement le mettent en fâcheuse posture. Au Sénat, ils font en effet cause commune avec leurs adversaires républicains en lui refusant les fonds qu'il demande pour tenir sa promesse de fermer Guantanamo.

Malmené par le FBI

Ils sont favorables à cette fermeture, mais craignent que des suspects de terrorisme ne se retrouvent sur le sol américain, en prison ou dans la rue, et veulent savoir précisément ce que Obama compte faire des 240 détenus enfermés à Guantanamo avant de lui accorder les 80 millions de dollars demandés.

Le directeur du FBI Robert Mueller a ajouté aux tracas du Président mercredi en doutant ouvertement du fait que les prisons de haute sécurité offrent toutes les garanties que les prisonniers de Guantanamo ne pourraient pas y comploter ou s'en échapper s'ils y étaient transférés. Obama devra donc s'efforcer de rassurer les Américains ce jeudi.

«Nous sommes d'accord avec le Congrès pour dire qu'avant (d'accorder) des fonds, on doit fournir un plan plus détaillé» de fermeture, a concédé mardi son porte-parole, Robert Gibbs. Pour autant, Obama compte toujours fermer Guantanamo d'ici au 22 janvier 2010, comme le stipule l'ordre qu'il a signé aussitôt après son investiture, a précisé Robert Gibbs.

Attaqué à droite et à gauche

Cette querelle n'est que la dernière suscitée par les décisions que Barack Obama a prises ou doit prendre sur ces questions. Celle de maintenir les tribunaux militaires d'exception, même réformés, pour juger certaines personnes soupçonnées de terrorisme a ému les organisations de défense des libertés.

Une gauche qui s'était ralliée derrière lui pendant la campagne s'est aussi prise à douter de la réalité de ses promesses quand il s'est opposé à la publication de dizaines de photos de sévices que des soldats américains auraient infligés à des détenus en Irak ou en Afghanistan.

Et Barack Obama est aussi pris à partie par la droite. Pour les républicains, l'occasion était trop belle de s'en prendre à un président populaire lorsqu’il a fait publier des notes secrètes datant de la présidence Bush. Ces notes fournissaient l'argumentaire juridique à des méthodes d'interrogatoire dénoncées par leurs détracteurs comme des actes de torture. Les républicains ont alors accusé Obama de servir la cause des terroristes.