Hospitalisé à Barcelone, Omar Bongo serait dans un état grave

GABON Le président gabonais serait atteint d'un cancer aux intestins. Libreville dément, Fillon parle, lui, d'un état de santé «satisfaisant»...

Avec agence

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Des comptes bancaires en France du président gabonais ont été saisis sur décision de la justice française dans une affaire qui risque d'attiser les tensions entre Paris et Libreville, déjà vives en raison de plaintes sur le patrimoine immobilier français d'Omar Bongo.
Des comptes bancaires en France du président gabonais ont été saisis sur décision de la justice française dans une affaire qui risque d'attiser les tensions entre Paris et Libreville, déjà vives en raison de plaintes sur le patrimoine immobilier français d'Omar Bongo. — Georges Gobet AFP/Archives

Le président gabonais Omar Bongo Ondimba, 73 ans dont 41 ans au pouvoir, est hospitalisé à Barcelone, en Espagne, pour un simple «bilan de santé» selon Libreville, mais dans un état grave, soigné pour un cancer, selon d'autres sources interrogées jeudi par l'AFP.

Omar Bongo «séjourne actuellement à l'hôpital Quiron de Barcelone (...) pour y faire un bilan de santé et y suivre des soins appropriés afin d'être au mieux de sa forme pour regagner le Gabon et reprendre au plus vite ses activités», a indiqué dans l'après-midi la présidence gabonaise.

La théorie de la déstabilisation politique

«Le président n'a subi aucune intervention chirurgicale» et «est naturellement au fait des questions les plus impératives» du pays, ajoute la présidence à Libreville, dans un texte envoyé depuis Barcelone.

Libreville dénonce un «acharnement médiatique, aujourd'hui particulièrement indécent», et selon elle «savamment entretenu pour semer le trouble dans l'esprit du peuple gabonais à des fins déstabilisatrices».

La radio télévision publique gabonaise (RTG) a interrompu ses programmes vers 17h pour donner le communiqué in extenso sans autre explication.

Cancer des intestins avec des métastases

Toutefois, selon deux sources informées suivant de près la situation et s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, le doyen des chefs d'Etat africains se trouverait dans un état grave.

Il alterne des phases de conscience et d'inconscience, ont indiqué ces sources à l'AFP, jeudi après-midi. L'une d'elles a assuré que le président gabonais souffrait d'un cancer des intestins avec des métastases.

Une source française spécialiste des questions africaines a de son côté fait état à Paris d'une «détérioration confirmée» de l'état de santé de M. Bongo, sans plus de détails.

Pour Fillon, tout va bien

Le Premier ministre français, François Fillon, en visite au Cameroun, a affirmé pour sa part que la santé de Omar Bongo était «satisfaisante».

«Je sais que le président est soigné. Je sais qu'hier soir encore et ce matin sa santé était satisfaisante. Je formule mes voeux de prompt rétablissement à M. Bongo en espérant naturellement qu'il sera remis sur pied le plus vite possible», a déclaré François Fillon, en répondant à un journaliste.

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, s'est borné à confirmer dans la matinée que M. Bongo était soigné en Espagne.

«Il va très mal»

Une des sources consultées par l'AFP avait indiqué dans la matinée qu'il était hospitalisé à Barcelone (nord-est) depuis une dizaine de jours pour un cancer intestinal, sans préciser s'il avait été ou non opéré.

Selon cette source, il aurait été victime d'une hémorragie pendant son transfert par avion en Espagne et est accompagné de membres de son entourage, dont sa fille, Pascaline.

Le journal catalan La Vanguardia a également assuré jeudi dans son édition en ligne que le président gabonais souffrait d'une «grave tumeur», citant en outre M. Moratinos qui lui aurait indiqué: «Il va très mal».

Du mal à supporter le décès de sa femme

Fait sans précédent, la présidence gabonaise avait annoncé le 6 mai que Omar Bongo avait décidé «la suspension momentanée de ses activités» de chef d'Etat, et que «toutes les audiences présidentielles (seraient) suspendues jusqu'à nouvel ordre».

Selon un communiqué, il voulait «se ressourcer dans le repos» après avoir vécu pendant «plus de trois ans (...) une épreuve particulièrement difficile avec la maladie de son épouse» Edith Lucie, décédée le 14 mars à Rabat.

Omar Bongo n'est plus réapparu depuis en public au Gabon, ex-colonie française d'Afrique équatoriale riche en pétrole, bois et minerais, où sa santé est un sujet tabou.

Depuis quelques jours, sa succession est au centre des conversations dans la capitale gabonaise, même si elle n'est jamais abordée de manière officielle.