Chine : Le gouvernement ratifie les conventions sur le travail forcé après un bras de fer avec l’Union européenne

TRAVAIL A LA CHAINE La signature de ces conventions était un préalable pour des accords avec l’Union européenne

X.R. avec AFP
— 
Ouïghours: Nike dans la tourmente en Chine — 20 Minutes

Dans le bruit feutré d’un coup de stylo sur une feuille de papier, Pékin a fini par céder sous la pression de la communauté internationale. La Chine a ratifié ce mercredi les conventions internationales de l’Organisation internationale du travail (OIT), interdisant notamment le travail forcé. Cette signature était un préalable posé par l’Union européenne à celle d’un accord bilatéral sur les investissements, négocié fin 2020, la Chine étant accusée de recourir au travail forcé dans le Xinjiang. En février, un comité d’experts de l’OIT avait fait part de sa « profonde inquiétude » face au traitement des minorités ethniques et religieuses en Chine, notamment dans cette province à majorité musulmane.

Selon des organisations de défense des droits de l’homme, au moins un million de Ouïghours et membres d’autres ethnies musulmanes sont ou ont été incarcérés dans des camps dans cette région du nord-ouest de la Chine. Pékin affirme de son côté qu’il s’agit de centres de formation professionnelle destinés à les éloigner du terrorisme et du séparatisme. Les experts de l’OIT avaient alors exigé du gouvernement chinois qu’il « réoriente le mandat des centres de formation professionnelle et d’éducation » qui sont actuellement « des centres de rééducation politique basés sur des détentions administratives ».

H&M boycotté en Chine, des dirigeants sanctionnés en Europe

Le sujet préoccupe la communauté internationale. Ainsi, une loi interdisant l’achat de produits qui seraient issus du travail forcé des Ouïghours est entrée en vigueur en décembre 2021 aux Etats-Unis, qui accusent la Chine de génocide contre cette minorité. Pékin rejette vigoureusement cette accusation, qui a obligé certaines multinationales à s’engager à ne pas se fournir au Xinjiang. L’an dernier, le géant suédois de l’habillement H&M s’était ainsi retrouvé face à un boycott de ses magasins en Chine après s’être engagé à ne pas acheter de coton du Xinjiang.

La polémique a poussé les Européens à mentionner la question du travail forcé dans l’accord sur la protection des investissements auquel ils sont parvenus avec Pékin le 31 décembre 2020. Dans ce texte, censé protéger les investissements européens en Chine, Pékin s’engageait « à œuvrer à la ratification des conventions fondamentales de l’OIT, y compris celles (interdisant) le travail forcé », avait alors indiqué Bruxelles. La ratification de l’accord est depuis figée, à la suite des sanctions mutuelles prises l’an dernier par l’Europe et la Chine autour de la question du Xinjiang.

En mars 2021, l’Union européenne ainsi que les Etats-Unis​ et le Canada ont sanctionné quatre dirigeants et une entité de cette région chinoise. En réponse, Pékin avait riposté avec des sanctions contre une dizaine de personnalités européennes, dont cinq élus du Parlement européen, accusées « de propager des mensonges ».

La ratification des conventions de l’OIT vient donc mettre un terme à ces sanctions et un coup de vernis sur les relations entre Occidentaux et Chinois, alors que Michelle Bachelet, la Haute Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, doit se rendre dans l’Empire du milieu le mois prochain. Un passage au Xinjiang est prévu lors de cette visite.