Le président américain Barack Obama a placé vendredi le Pakistan au coeur de sa nouvelle stratégie pour l'Afghanistan, prévoyant un effort civil et militaire accru mais aussi une aide financière en hausse pour Islamabad, afin de vaincre le réseau terroriste Al-Qaïda.
Le président américain Barack Obama a placé vendredi le Pakistan au coeur de sa nouvelle stratégie pour l'Afghanistan, prévoyant un effort civil et militaire accru mais aussi une aide financière en hausse pour Islamabad, afin de vaincre le réseau terroriste Al-Qaïda. — Nicholas Kamm AFP

ETATS-UNIS

Quand Obama danse le cha-cha sur la torture

Le candidat et le président ont du mal à accorder leurs violons...

De notre correspondant à Los Angeles 


Tous les lundis soirs, l'Amérique se passionne pour le show «Dancing with the stars». Depuis plusieurs semaines, elle peut également se régaler du spectacle offert par Barack Obama sur la torture. Entre son revirement sur la publication de photos montrant des sévices sur des détenus et sa décision de restaurer les tribunaux militaires d'exceptions de Bush, on se se situe quelque part entre un numéro d'équilibriste pragmatique et un paso doble endiablé.

 

Dernier épisode en date, ce lundi: la décision de la Cour suprême estimant que les anciens patron du FBI et ministre de la Justice ne pouvaient pas être poursuivis par Javaid Iqbal, détenu en cellule d'isolement en 2002. Jusqu'ici, Obama s'est bien gardé de se prononcer sur la question des poursuites contre des anciens de l'administration Bush. Il laisse cette lourde responsabilité à l'attorney general Eric Holder (ministre de la Justice).

 

Un pas en avant, un en arrière

 

Retour en arrière. Dans ses premiers jours à la Maison Blanche, Obama déclare la torture illégale et rejette les pratiques en vigueur sous l'administration Bush, qui «violent» les idéaux défendus par les Etats-Unis. Il met en route la fermeture de Guantanamo. Les organisations de défense des Droits de l'homme chantent ses louanges. Mi-avril, il autorise la publication des fameux «mémo» de la CIA, dans lesquels on apprend notamment que deux détenus ont subi à eux seuls 266 fois la technique du waterboarding (simulation de noyade).

 

S'il donne son feu vert, Obama estime en revanche que les agents de la CIA ayant pratiqué ces interrogatoires controversés ont «obéi aux ordres» et ne devraient pas être poursuivis – techniquement, le cadre juridique façonné par les avocats de l'administration Bush ne définissait pas le waterboarding comme de la torture. L'avocate de l'organisation Aclu, Amrit Singh, confiait à 20minutes.fr son sentiment mitigé, demandant au président «d'aller jusqu'au bout» et de nommer un procureur indépendant chargé d'établir les responsabilités de chaque maillon de la chaîne –jusqu'à Condoleezza Rice, qui a, semble-t-il, donné son feu vert, Donald Rumselfd, Dick Cheney et George Bush– et d'entamer des poursuites si nécessaires.

 

«Trahison»

 

De «mitigé», le sentiment passe à la colère la semaine dernière, avec le tour de flip-flop sur les tribunaux militaires et les photos de sévices. La Maison Blanche répète qu'Obama n'avait jamais promis d'abolir ces commissions mais de les «modifier». En campagne, le candidat Barack avait pourtant attaqué «des commissions cassées», dénoncé «une énorme faillite» du système judiciaire, et dit sa «totale confiance» dans les cours fédérales classiques pour juger des terroristes.

 

Plusieurs organisations l'accusent de «trahison» et ne pas tenir ses promesses de campagne en revenant aux «plus mauvais jours de l'administration Bush». Sur des blogs d'extrême gauche comme DemocraticUnderground, chacun a sa théorie. Pour les uns, «Obama est un politicien comme les autres», pour les autres, il «cède aux lobbies militaires» ou encore –la théorie du complot n'est jamais très loin– il n'est qu'une marionnette aux mains du «gouvernement de l'ombre»

 

«Faire campagne, c'est promettre. Gouverner, c'est choisir»

 

Des accusations qualifiées pour 20minutes.fr de «conneries» (cattle crap) par le stratège républicain Patrick Dorison. Une fois n'est pas coutume, il défend (comme d'autres républicains) les décisions récentes d'Obama. «Il ne retourne pas sa veste et n'obéit à personne, si ce n'est à la nécessité de protéger le peuple américain», s'emporte-t-il. «Les commentateurs veulent tout voir en noir et blanc. Mais il faut savoir que lors de la campagne, Obama et John McCain n'avaient accès qu'à des informations limitées concernant la sécurité nationale. C'était facile de critiquer en vrac toutes les décisions de Bush. Mais désormais, il a le poids de la tâche sur ses épaules. Faire campagne, c'est promettre. Gouverner, c'est choisir.»

 

Pour Patrick Dorinson, Obama est simplement «pragmatique». Ces décisions solidifient-elles le soutien des militaires pour ses plans en Afghanistan et au Pakistan? «Assurément», reconnaît le stratège. Mais selon lui, Obama n'a «rien à gagner en publiant des photos qui pourrait attiser la haine des islamistes». Sans compter qu'engager des poursuites contre des officiels de l'administration Bush obligerait à se pencher sur ce que savaient certains démocrates à l'époque, comme Nancy Pélosi. Tourner la page est plus facile. Pour tout le monde. 


Obama a-t-il tort de vouloir ménager la chèvre et le choux, selon vous?