Allemagne : Une cellule « terroriste » néonazie qui entraînait des jeunes « au combat » démantelée

COUP DE FILET Quatre militants d’extrême droite ont été arrêtés lors d’une vaste opération visant la mouvance néonazie

M.F avec AFP
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Quelque 800 enquêteurs ont perquisitionné une soixantaine de lieux (illustration)
Quelque 800 enquêteurs ont perquisitionné une soixantaine de lieux (illustration) — DANIEL REINHARDT / AFP

Quatre membres d’une cellule « terroriste » d’extrême droite allemande ont été arrêtés dans ce que le magazine Spiegel a appelé le « plus grand coup contre la scène néonazie militante dans un passé récent ». Il s’agit de Leon R., le chef du groupuscule baptisé « Knockout 51 », implanté à Eisenach, dans le centre de l’Allemagne, ainsi que trois autres membres.

Tous ont été arrêtés pour appartenance à une « organisation terroriste d’extrême droite », alors que leur cellule organisait des « entraînements au combat de rue de jeunes sympathisants d’idées nationalistes » qu’ils « endoctrinaient » pour former un « groupe de combat extrémiste », affirme le procureur fédéral allemand.

Violence d’extrême droite, 1ʳᵉ menace pour l’ordre public en Allemagne

L’opération a été lancée à l’aube dans 11 régions du pays : quelque 800 enquêteurs, dont les forces spéciales GSG9 de la police fédérale, ont perquisitionné une soixantaine de lieux dans le cadre d’une enquête visant 46 personnes, selon un communiqué du procureur fédéral.

Les autorités allemandes ont érigé la violence d’extrême droite au premier rang des menaces pour l’ordre public, avant le risque djihadiste. L’ancien gouvernement d’Angela Merkel avait longtemps été critiqué pour son laxisme face la mouvance néonazie. Le meurtre en juin 2019 par un militant néonazi de Walter Lübcke, élu du parti conservateur qui défendait la politique d’accueil des migrants de l’ancienne chancelière, avait profondément secoué le pays.

Les perquisitions de mercredi interviennent dans le cadre d’une enquête plus large, associant police et services de renseignement militaire depuis 2019. Ces investigations visent le groupe d’extrême droite « Atomwaffen Division Deutschland » (division de l’arme nucléaire), branche allemande d’un groupe néonazi américain du même nom qui « aspire à une guerre des races », ainsi que des membres du groupuscule « Sonderkommando 1418 » (commando spécial 1418). Un ancien militaire compte parmi les disciples de ces groupes visés par l’enquête, affirme le Spiegel.

En réseau avec cette nébuleuse néonazie, Leon R. et son groupe « Knowckout 51 » se sont concentrés « à partir de mars 2020 au plus tard sur la commission de crimes graves », selon le parquet. Il s’agit notamment d’attaques contre des militants de gauche, la police et « d’autres personnes qui, selon la vision du monde raciste et d’extrême droite du groupe, peuvent être combattues ».

Des « patrouilles » et un « quartier nazi »

Selon le ministère public, Knockout 51 a tenté d’établir un « quartier nazi » sous son contrôle à Eisenach et a commencé l’année dernière à effectuer des « patrouilles » au cours desquelles il tentait de provoquer les victimes pour qu’elles les combattent. Les suspects arrêtés ont blessé plusieurs personnes, dont certaines gravement, lors de ces affrontements. Les entraînements avaient lieu dans les locaux du parti d’extrême droite NPD à Eisenach, localité médiévale connue pour avoir accueilli Martin Luther lorsqu’il a traduit la Bible en allemand.

Le groupe entretenait aussi des liens avec d’autres organisations néonazies du pays, notamment en Rhénanie-du-Nord-Westphalie et en Bade-Wurtemberg. Lors de manifestations contre les mesures sanitaires anti-Covid entre août 2020 et mars 2021, des membres de « Knockout 51 » ont affronté les forces de l’ordre et des contre-manifestants, précise encore le parquet.